Cinq tendances susceptibles d’avoir un impact sur les portefeuilles de vos clients en 2020

Fred Demers

Directeur général, Solutions d’investissement multiactif

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Une fois par année, notre groupe d’experts se réunit dans le cadre du Forum mondial des placements afin de mettre les « rumeurs » quotidiennes des marchés financiers en sourdine et de se concentrer sur les thèmes plus généraux – politiques, sociaux et économiques – qui influent actuellement sur les résultats de placement à l’échelle mondiale.

Fred Demers, directeur général – Solutions multiactifs, nous réunit afin que nous ayons ces discussions essentielles et il intervient à point nommé pour aider les conseillers à répartir les actifs de leurs clients de façon plus efficace à moyen terme.

Aperçu des bouleversements

Et ensuite…? Alors que l’économie mondiale marque les 10 ans d’une expansion historique, de nombreux investisseurs, sinon la plupart, se posent cette question. Dans l’ensemble, nous constatons que les perspectives économiques sont généralement plus sombres qu’au cours de la dernière décennie, même si l’économie va mieux que ce qui est communément admis.

Si les préoccupations qui persistent connaissaient un dénouement satisfaisant, comme la fin de la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, le marché haussier pourrait se prolonger et la fin de cycle pourrait être repoussée de plusieurs mois, voire de plusieurs années. Cependant, notre équipe a décelé cinq tendances importantes à plus long terme, qui auront une incidence sur la stratégie de placement et la construction de portefeuilles dans le nouveau contexte.

  1. Démondialisation
  2. Incidences politiques
  3. Ralentissement de la croissance du PIB
  4. Politique monétaire peu efficiente
  5. Changements climatiques 

1. Recul de la mondialisation

Déjà considérée comme l’ingrédient essentiel de la croissance et de la prospérité à long terme, la mondialisation est devenue un vilain mot. Des populistes de tous les horizons politiques ont commencé à s’opposer à ce qu’ils considèrent comme la source de la montée des inégalités, des comportements de plus en plus abusifs des entreprises et de la centralisation du pouvoir.

Bien que cette situation soit symptomatique de la présidence de Trump, des signes avant-coureurs sont en fait apparus bien avant. Les mesures d’ouverture commerciale ont atteint un sommet en 2008, ce qui indique que la susceptibilité face à la mondialisation augmente depuis près d’une décennie et que les récentes tensions, qu’il s’agisse du Brexit ou de la renégociation de l’ALENA, sont tout simplement conformes aux tendances à long terme.

Source : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs

Le défi consiste maintenant à réduire le risque tout en maintenant une large exposition géographique. Contrairement aux années 1990, lorsque la corrélation entre les marchés émergents et les marchés développés était faible, les tensions actuelles n’ont pas affaibli les liens financiers transfrontaliers. L’intégration est encore très élevée et il pourrait être difficile d’augmenter la diversification régionale tout en réduisant le bêta global de vos clients.

Alors que le cycle des élections présidentielles bat son plein, M. Trump a tout intérêt à conclure un accord de phase 1.

2. Un lien continu entre les marchés et la politique

Même si le recul de la mondialisation perdurait, un règlement des problèmes politiques à court terme pourrait avoir d’importantes répercussions à court terme.

Songez à la guerre commerciale sino-américaine : le cycle des élections présidentielles battant son plein, M. Trump a tout intérêt à conclure un accord de phase 1. Réduire ne serait-ce qu’une partie des tarifs douaniers aurait probablement pour effet d’améliorer l’humeur des investisseurs, de relancer la croissance et de dégager de meilleurs rendements boursiers, renforçant ainsi une économie qui était sur la voie du ralentissement pour les deux prochains trimestres. L’histoire nous montre que les campagnes de réélection sont plus faciles à gagner dans un environnement robuste. Aussi un règlement du différend aiderait-il sans aucun doute le président à obtenir un deuxième mandat à la Maison-Blanche.

Un risque latent important est de savoir qui sera l’adversaire de M. Trump. Le spectre des idées est extrêmement large du côté du Parti démocrate, surtout avec la toute nouvelle candidature de Michael Bloomberg. Le ton a été assez inhabituel : de la fragmentation des géants de la technologie à l’imposition des riches, la politique américaine moderne est étonnamment socialiste. Cela dit, les élus font souvent campagne à gauche, mais gouvernent au centre.

De l’avis général, la production mondiale ralentira au cours des cinq prochaines années.

Pendant ce temps, en Europe, le sort réservé au Brexit reste très incertain. Nous pensons certainement que les deux parties se sont rapprochées d’une entente, mais les prochaines élections au Royaume-Uni opposeront deux partis ayant des programmes économiques très différents et des chances égales de l’emporter. Quelle que soit leur issue, elle risque d’avoir de profondes répercussions sur l’avenir du pays. Résultat : un ralentissement des investissements des entreprises, car les relations entre les firmes qui tentent de commercer à l’échelle mondiale et leurs fournisseurs et clients demeurent incertaines.

Bien que le Brexit ait déjà entraîné des pertes permanentes, l’élimination de l’incertitude serait positive non seulement pour le Royaume-Uni, mais aussi pour l’Europe et le reste du monde. En tant que facteur de risque, le Brexit se classe au deuxième rang après la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine. Bien entendu, l’idéal serait une progression sur les deux fronts, ce qui permettrait aux entreprises d’envisager l’avenir avec plus de clarté et de recommencer à prendre des décisions d’investissement; or, tous s’entendent pour dire que la production mondiale ralentira au cours des cinq prochaines années.

3. Un ralentissement de la croissance mondiale

Certains participants au Forum ont indiqué que la situation de l’Allemagne constitue un avertissement. Ils ont fait valoir que le secteur automobile, fleuron du pays, qui a exporté quatre millions de véhicules en 2018 malgré le scandale des émissions polluantes, est extrêmement vulnérable à l’adoption massive des voitures électriques. Les batteries utilisées dans ces véhicules représentent environ 30 % du coût total de production et les constructeurs allemands seraient obligés de s’approvisionner à l’étranger, ce qui mettrait fin à l’avantage de longue date que représentent les chaînes d’approvisionnement régionales pour le pays et minerait possiblement la position dominante de ce dernier dans la zone euro.

Pour ma part, je crois que la tendance est plutôt cyclique qu’à long terme. Une partie du ralentissement de l’économie allemande est attribuable à la réticence du pays à accepter une hausse des dépenses budgétaires sur fond de taux d’intérêt négatifs. Par exemple, le gouvernement Merkel a enregistré un surplus budgétaire alors que l’économie se dirigeait vers une récession technique l’été dernier. Il sera difficile de trouver un juste équilibre pour la suite des choses, mais l’accent qui est mis sur une politique à long terme devrait faire en sorte que l’Allemagne reste le château fort de l’Europe.

L’économie canadienne a également déçu au cours de la dernière année, bien que, contrairement au reste du monde (les États-Unis et l’Europe), notre ralentissement soit principalement attribuable à des facteurs internes : des taux d’intérêt plus élevés et des mesures macroprudentielles conçues pour ralentir le marché de l’habitation. Le dernier grand frein a été la production pétrolière en Alberta, qu’il a fallu limiter pour contrer la surabondance de pétrole.

Le huard a été l’une des monnaies les plus performantes cette année, ce qui témoigne de la vigueur de l’économie canadienne par rapport au reste du monde.

Tous ces facteurs se sont manifestés presque simultanément, créant ainsi un contexte quasi récessif au quatrième trimestre de 2018. Nous avons toutefois fait très bonne figure cet été. Le marché de l’habitation a commencé à se relever. Les taux d’intérêt se sont mis à baisser, surtout du côté des prêts hypothécaires. De plus, bien que la Banque du Canada n’ait pas réduit ses taux, le taux hypothécaire sur cinq ans a baissé d’environ 100 points de base depuis le sommet de l’an dernier, ce qui fait que le contexte est très différent de celui de la fin de 2018.

Il ne sera toujours pas facile de générer de la croissance ici, car le ralentissement du reste du monde aura un certain impact. Toutefois, la résilience du secteur manufacturier au Canada montre que l’économie canadienne ne mise plus autant sur le commerce mondial qu’avant 2008. Autrement dit, nos perspectives ne sont peut-être pas excellentes, mais elles sont meilleures que celles de presque tous les autres pays.

Le huard est également l’une des monnaies les plus performantes cette année, car il est devenu un refuge contre l’incertitude tarifaire grâce à la vigueur de l’économie canadienne par rapport au reste du monde – et parce que le pays ne représente pas vraiment une cible potentielle, après la renégociation de l’ALENA. Pour la suite des choses, le signe le plus important est le regain de confiance en les échanges commerciaux.

4. Politique monétaire moins efficiente

L’été dernier, la courbe des taux aux États-Unis s’est inversée pour la première fois en plus de dix ans. Cet indicateur – qui annonce habituellement une récession – laisse entrevoir un ralentissement important. Cependant, lorsque les taux d’intérêt du financement à un jour ont commencé à augmenter, la Réserve fédérale (Fed) s’est mise à acheter des obligations du Trésor à plus court terme pour accroître la masse monétaire. Bien que ce programme ait réussi à accentuer la courbe, il a également fait passer le bilan de la Fed de 3 800 milliards de dollars à 4 000 milliards de dollars, et ravivé les craintes que l’économie soit à bout de souffle.

Courbes des taux aux États-Unis : aujourd'hui par rapport à il y a trois mois

Source : Bloomberg.

Si cela a constitué un signal très fort aux États-Unis, ce ne fut pas le cas ailleurs. Je trouve intéressant que la courbe des taux au Canada ait été la plus inversée du G-10, d’autant plus que celle de l’Italie a été la plus accentuée. Si l’on interprète ces données comme des signaux de vigueur économique, il faudrait en conclure que le Canada est à la traîne de l’Italie. Pourtant, du point de vue des paramètres fondamentaux, l’économie italienne est toujours dans un état très fragile, étant sortie d’une récession plus tôt cette année, tandis que le Canada a toujours un marché du travail et un secteur de l’habitation solides par rapport à ses pairs.

De plus, les banques centrales en Amérique du Nord – où les taux d’intérêt restent assez positifs – ont encore de la marge de manœuvre avant d’atteindre le zéro et la possibilité de recourir à l’assouplissement quantitatif, contrairement à celles du Japon et de l’Europe, dont les taux sont en territoire carrément négatif et qui n’ont qu’une fraction de la marge de manœuvre habituellement nécessaire pour éviter un repli. Cet écart entre les politiques monétaires est l’une des raisons pour lesquelles nous pensons que la prochaine phase du cycle pourrait être moins sévère au Canada et aux États-Unis qu’ailleurs.

De nombreux jeunes Canadiens souhaitent que les objectifs d’affaires, d’investissement et de politiques publiques soient redéfinis pour tenir compte des enjeux liés à la durabilité.

5. Le passage à la décarbonisation

La dernière tendance que nous avons abordée est celle des changements climatiques et de l’impact qu’auront les mesures visant le climat sur les marchés. Alors que les pays s’efforcent de réaliser les objectifs énoncés dans l’Accord de Paris sur le climat, l’objectif carbone zéro d’ici 2050 nécessitera une transformation radicale de nos systèmes alimentaires, énergétiques et de transport.

Le secteur de la production d’électricité est le choix évident, car il offre déjà de bonnes solutions de rechange au charbon et au gaz naturel. Par le passé, bien des énergies renouvelables dépendaient des incitatifs gouvernementaux; or leur coût a baissé si naturellement – et si radicalement – qu’il est maintenant possible d’accéder à d’autres sources d’énergie à des taux concurrentiels sans aucune subvention. Par exemple, lors de la dernière vente aux enchères d’éoliennes au large des côtes du Royaume-Uni, certains prix ont été inférieurs à ceux offerts par la toute nouvelle centrale nucléaire du pays.

La France, la Suède et le Royaume-Uni comptent parmi les pays qui se sont engagés à réaliser une décarbonisation complète, et certains des plus grands noms du palmarès Fortune 500, dont Amazon.com, Daimler et Duke Energy, se sont joints à eux. Plus près de chez nous, nous constatons que de nombreux jeunes Canadiens souhaitent que les objectifs d’affaires, d’investissement et de politiques publiques soient redéfinis pour tenir compte des enjeux liés à la durabilité.

Du côté institutionnel, certaines caisses de retraite ont déjà délaissé les secteurs affichant de mauvais résultats ESG (facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance) et adopté une approche positive de l’investissement responsable. De plus, les Canadiens posent de plus en plus de questions sur la façon dont leur argent influence le monde sur le plan social. Bref, les facteurs ESG ne disparaîtront pas.

Conclusions relatives à la répartition de l’actif

Malgré un portrait économique plus sombre, le consensus qui s’est dégagé lors du Forum était que le cycle économique actuel allait se prolonger et que les craintes d’une récession imminente étaient exagérées. Voici donc nos préférences en matière de répartition de l’actif à moyen terme :

Sous-pondération Sous-pondération Surpondération

Actions européennes

  • Facteurs géopolitiques volatils
  • Activités qui tournent au ralenti
  • Taux obligataires en baisse

 

Obligations américaines à rendement élevé

  • Valorisation élevée
  • Préoccupations entourant l’endettement et les faiblesses structurelles dans des secteurs précis comme le commerce de détail

Obligations d’État

  • Faible inflation
  • Politique de détente monétaire

* Dans cette catégorie d’actif, nous surpondérons les obligations du Trésor américain à 10 ans et sous-pondérons les obligations canadiennes à 10 ans.

Titres de créance

  • Valorisation élevée; considérés comme trop coûteux actuellement
  • Relativement illiquides par rapport aux actions des mêmes émetteurs

Actions du Royaume-Uni

  • Incertitude persistante entourant le Brexit
  • Dépréciation de la livre sterling

Actions mondiales

  • Poursuite des politiques monétaire et budgétaire encourageantes
  • Momentum favorable des bénéfices

* Dans cette catégorie d’actif, l’accent est mis sur les sociétés américaines à grande capitalisation et les actions canadiennes.

 

Dette souveraine des marchés émergents

  • Inflation mondiale faible
  • Position expansionniste des banques centrales
  • Valorisations intéressantes par rapport à celle des sociétés des marchés développés

 

Actions américaines

Pour plus de commentaires éclairants sur les marchés, lisez notre rapport complet du Forum mondial des placements ou communiquez avec votre représentant – Ventes régionales de BMO pour en savoir plus sur nos solutions de placement uniques et nos idées novatrices de développement des affaires.

Également dans le numéro de décembre 2019 du bulletin Perspectives :

Résister à l’épreuve du temps : comment tirer parti de la réussite >
Comment intégrer de façon significative la philanthropie dans votre pratique >

Tout énoncé qui repose nécessairement sur des événements futurs peut être une déclaration prospective. Les déclarations prospectives ne sont pas des garanties de rendement. Elles comportent des risques, des éléments d’incertitude et des hypothèses. Bien que ces déclarations soient fondées sur des hypothèses considérées comme raisonnables, rien ne garantit que les résultats réels ne seront pas sensiblement différents des résultats attendus. L’investisseur est prié de ne pas se fier indûment aux déclarations prospectives. Concernant les déclarations prospectives, l’investisseur doit examiner attentivement les éléments de risque décrits dans la version la plus récente du prospectus simplifié.

Le présent article est fourni à titre informatif seulement. L’information contenue dans le présent document ne constitue pas une source de conseils en placement et ne doit pas être considérée comme telle. Les placements doivent être évalués en fonction des objectifs de chaque investisseur. Il est préférable, en toute circonstance, d’obtenir l’avis de professionnels.

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