Investissement responsable

Incidence de la pandémie de COVID-19 sur les enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance

La situation évoluant rapidement, nous commençons à peine à nous rendre compte de l’impact que la COVID-19 aura. Cependant, d’importantes répercussions se font déjà sentir.
Mars 2020

La pandémie mondiale du coronavirus est une crise mondiale sans précédent. Les répercussions humaines, économiques et financières sont déjà phénoménales, et nous ignorons encore combien de temps il faudra pour contenir le virus et pour qu’une activité économique normale reprenne.

L’équipe Investissement responsable de BMO Gestion mondiale d’actifs a examiné l’impact du coronavirus sur les priorités environnementales, sociales et de gouvernance (ESG). Nous collaborons avec d’autres investisseurs afin de transmettre aux sociétés un message commun sur la conduite que nous espérons les voir adopter. Nous avons cosigné l’Investor Statement on Coronavirus Response1 (en anglais seulement) et nous aimerions inviter d’autres investisseurs à faire de même.

La situation évoluant rapidement, nous commençons à peine à nous rendre compte de l’impact que la COVID-19 aura. Cependant, d’importantes répercussions se font déjà sentir.

Sociétés et enjeux en matière de durabilité

Notre mobilisation vise à attirer l’attention des sociétés, et dans la mesure du possible, de leur conseil d’administration, sur l’importance des enjeux en matière de durabilité. Étant donné que les sociétés se concentrent, à juste titre, sur la crise immédiate, il sera probablement difficile de convaincre les conseils d’administration de consacrer du temps à des sujets liés à la durabilité.

Notre mobilisation prendra en considération le fait que les priorités ne sont plus les mêmes, mais nous veillerons également à ce que les enjeux en matière de durabilité ne soient pas oubliés et à ce que les sociétés continuent de déployer des efforts dans ce domaine, dans la mesure du possible. Même en cas de crise à court terme, nous ne devons pas perdre de vue l’horizon de placement à long terme.

Même s’il n’est pas possible d’organiser des rencontres en personne avec les sociétés à l’heure actuelle, nous continuons à communiquer comme d’habitude, notamment par vidéoconférence et

téléphone, conformément aux priorités en matière de mobilisation que nous avons établies au début de l’année. Néanmoins, nous comprenons parfaitement que certaines sociétés ne sont peut-être pas en mesure de discuter des enjeux ESG avec leurs actionnaires à l’heure actuelle. Au moment où nous écrivons ces lignes, une société nous a informés qu’elle reportait tout échange non essentiel avec les actionnaires, et nous nous attendons à ce que d’autres fassent de même.

La situation évoluant rapidement, nous commençons à peine à nous rendre compte de l’impact que la COVID-19 aura. Cependant, d’importantes répercussions se font déjà sentir.

Impact sur le personnel et les parties prenantes de manière générale

L’une des priorités absolues des sociétés est de répondre aux préoccupations des employés concernant les congés de maladie, la mise en quarantaine et leurs responsabilités familiales, tout en reconnaissant que les bouleversements actuels pourraient durer plusieurs mois. Les preuves scientifiques démontrent clairement que les mesures de quarantaine sont essentielles pour contenir la propagation du virus, et il est de la responsabilité des sociétés de les mettre en œuvre dans la mesure du possible.

Les meilleures pratiques varient d’un secteur à l’autre, mais elles comprennent les mesures ci-dessous :

Fourniture d’équipement de protection et nettoyage à haute fréquence pour les travailleurs exposés à des contacts avec des personnes dans le cadre de leur travail

Introduction ou prolongation des dispositions relatives aux congés de maladie, surtout dans les territoires où ce n’est ni la norme ni exigé par la politique gouvernementale

Mise en place de quarts de travail flexibles pour ceux qui ne sont pas en mesure de travailler de la maison ou à distance; flexibilité et adaptation des exigences vis-à-vis des employés qui travaillent de la maison et qui sont touchés par la fermeture de services de garde d’enfants

Mise en œuvre d’un fonds d’urgence ou d’un salaire garanti, pendant une période déterminée, pour les employés dont les services ne sont pas requis, de manière temporaire, en raison de la fermeture de l’entreprise ou du confinement

Offre de soutien en santé mentale

 

Nous observons déjà des écarts importants entre les sociétés qui s’occupent bien de leur personnel et celles qui ne le font pas, et les médias sociaux permettent activement de dénoncer ces dernières. Les sociétés qui négligent aujourd’hui leurs responsabilités pourraient faire face à l’hostilité des consommateurs plus tard.

Dans le cadre de notre mobilisation élargie à l’égard des normes et de la diversité en milieu de travail, nous constatons déjà que les sociétés ayant adopté une culture de travail flexible subiront moins de pertes de productivité que les autres. Nous espérons que les nombreuses leçons tirées de l’imposition du travail à domicile seront durables et que cela débouchera sur des pratiques de travail plus souples et des services de garde partagés.

Les sociétés ont non seulement des responsabilités envers leurs employés, mais également envers un ensemble plus large composé de leurs parties prenantes, comme leurs fournisseurs et leurs clients, dont beaucoup sont également confrontés à d’énormes contraintes. Le fait que les sociétés respectent ces responsabilités et prennent des mesures pour atténuer les problèmes jouera un rôle important dans le maintien et le renforcement de ces relations à long terme. Parmi les mesures que les sociétés peuvent prendre, mentionnons le paiement des fournisseurs dans les délais, voire à l’avance, un accès plus facile aux produits pour les clients vulnérables (que ce soit sur le plan financier ou l’accès physique, en proposant des services de livraison), ainsi que des activités philanthropiques pour soutenir les collectivités les plus touchées.

Assemblée générale annuelle des sociétés

Étant donné que les rassemblements de masse sont déconseillés ou interdits dans de nombreuses régions du monde, les assemblées générales annuelles des sociétés ne pourront pas, en grande partie, avoir lieu en personne. Nous avons discuté avec les sociétés de leurs mesures d’urgence, comme le report des assemblées, l’organisation d’assemblées hybrides (en partie physique, en partie en ligne) ou, lorsque cela est possible, d’assemblées exclusivement en ligne.

Plusieurs assemblées ont déjà été annulées en Finlande et reportées en Allemagne, et nous nous attendons à d’autres annonces de ce genre dans les jours et les semaines à venir. Cela signifie également que les paiements de dividendes et les autorisations de mobilisation de capitaux qui nécessitent l’approbation des membres de l’assemblée seront retardés.

Ces changements font l’objet de défis juridiques dans certains territoires, comme en France, où les sociétés sont obligées d’offrir la possibilité de participer en personne. Toutefois, certains gouvernements ont déjà annulé cette obligation. Certains règlements d’entreprise peuvent aussi compliquer la mise en œuvre de certaines options. Des orientations générales commencent à voir le jour, comme cette publication (en anglais seulement) signée par plusieurs organismes au Royaume-Uni qui se fonde sur les conseils du cabinet d’avocats Slaughter & May et qui décrit la position juridique des sociétés2.

En temps normal, nous déconseillons aux sociétés d’organiser des réunions uniquement en ligne, car cela compromet les interactions entre les actionnaires et les membres du conseil d’administration. Les réunions en ligne étant désormais nécessaires, nous encourageons les sociétés à faire en sorte, dans la mesure du possible, que les actionnaires aient toujours la possibilité de poser des questions au conseil d’administration. Une fois que cette crise sera derrière nous, nous encouragerons les sociétés à rétablir les modalités habituelles des assemblées générales annuelles en personne tout en maintenant l’option de réunion en ligne sous la forme d’une « assemblée hybride ». La technologie sera ainsi mise à profit pour permettre à un maximum de gens de participer, tout en conservant la possibilité de demander des comptes au conseil d’administration grâce à la présence physique.

Nous observons déjà des écarts importants entre les sociétés qui s’occupent bien de leur personnel et celles qui ne le font pas.

Rémunération des dirigeants

Compte tenu des conditions du marché et de l’économie, de nombreuses entreprises n’atteindront pas les objectifs des programmes de primes d’incitation à court et à long terme et cela aura des répercussions importantes sur les primes accordées aux dirigeants.

Nous sommes conscients que discuter de ce sujet avant l’assemblée générale annuelle n’est peut-être pas une priorité pour de nombreuses entreprises, mais notre équipe reste à votre disposition pour vous donner des conseils ou répondre à vos questions. Nous encourageons les sociétés émettrices à prendre en considération les points ci-dessous :

Les actionnaires ne verront généralement pas d’un bon œil que les dirigeants reçoivent des primes généreuses après une année difficile pour les actionnaires, même si les répercussions du virus échappent au contrôle des sociétés.

Nous savons que les comités de rémunération peuvent apporter des ajustements aux modalités afin de récompenser les cadres qui font preuve d’une compétence exceptionnelle dans la gestion de leur entreprise pendant la période difficile qui nous attend. Nous porterons une attention particulière à la situation de chaque société, notamment à l’uniformité de traitement entre les employés et les dirigeants. Par exemple, si les sociétés ne facilitent pas la mise en quarantaine de leurs employés, nous verrions d’un très mauvais œil toute tentative de rémunération des dirigeants visant à compenser la perte des primes de ces derniers.

Dans le cas des entreprises qui constatent une augmentation exceptionnelle de la demande de leurs services en raison du virus et des mesures gouvernementales connexes, nous nous attendons généralement à ce que les comités de rémunération traitent cela comme un gain inattendu et à ce qu’ils soient prêts à réduire les salaires des dirigeants, au besoin.

Des dirigeants des secteurs les plus touchés, comme l’aviation, ont pris l’initiative de réduire leurs salaires, et certains ont même renoncé à leur salaire de base. Même si nous n’exigeons pas une telle démarche en tant qu’investisseurs, si les chefs de la direction sont en mesure de prendre de telles initiatives dans des circonstances extrêmes, il est probable que cette décision entraînera une fidélisation accrue du personnel sur le long terme.

Répartition du capital

La répartition du capital est l’un des piliers centraux de la gouvernance d’entreprise où les sociétés décident de concentrer leur financement. Au cours des dernières années, nous avons vu des entreprises utiliser de plus en plus de fonds pour racheter des actions plutôt que d’investir dans leurs activités ou de renforcer leur bilan. La moitié de tous les flux de trésorerie nets de l’indice S&P 500 sont d’ailleurs utilisés pour racheter des actions.

Alors que les bilans font l’objet d’intenses pressions et que les sociétés font face à d’importants coûts imprévus, notamment en ce qui concerne la manière dont elles affectent leurs ressources pour assurer le bien-être de leur personnel, la direction devrait revoir la pertinence des programmes de rachat d’actions, que ce soit à l’heure actuelle ou sur le plus long terme.

On s’attend à ce que certains secteurs reçoivent de l’aide gouvernementale, mais la solution la plus probable pour les entreprises en difficulté sera de mobiliser des capitaux d’urgence par l’intermédiaire d’émission d’actions assortie de droits extrêmement préférentiels. Dans ces circonstances, nous aimerions que les sociétés réduisent la dilution des actionnaires existants en honorant leurs droits de préemption et en leur donnant le droit d’acheter des actions supplémentaires avant les autres actionnaires sur le marché.

Si les sociétés ne facilitent pas la mise en uarantaine de leurs employés, nous verrions d’un très mauvais œil toute tentative de rémunération des dirigeants visant à compenser la perte des primes de ces derniers.

Changements climatiques

L’effondrement de l’activité économique mondiale entraînera une baisse à court terme de la croissance des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle mondiale. Selon une estimation, les réductions de dioxyde de carbone résultant de la paralysie de la Chine en février s’élèveraient à 200 millions de tonnes3, soit environ la moitié des émissions annuelles du Royaume-Uni. Mais il ne s’agit que d’une baisse temporaire. L’impact le plus important en ce qui a trait aux changements climatiques est celui de la COVID-19 sur les préparatifs et l’élan politique en vue de la grande conférence sur le climat (COP26). Les manifestations de masse pour le climat qui ont été si efficaces l’an dernier ne pourront pas avoir lieu, par conséquent les gouvernements seront inévitablement moins attentifs au sujet.

Sur le plan macroéconomique, l’Agence internationale de l’énergie a également fait savoir que le ralentissement actuel risque de freiner de nombreux projets écologiques financés par les gouvernements, car ces derniers réaffectent en urgence leurs ressources pour aider les entreprises et les particuliers. L’effondrement de la demande énergétique aura également une incidence négative sur les investissements du secteur privé. En Europe, par exemple, le prix du système d’échange de quotas d’émission de l’Union européenne a nettement baissé, et a ainsi réduit l’avantage des investissements dans les énergies renouvelables. Dans un avenir plus lointain, il pourrait y avoir des « mesures de relance budgétaire écologiques » – des dépenses publiques visant à financer de nouvelles infrastructures écologiques – mais il est encore trop tôt pour l’affirmer.

Les ambitions de la COP26 semblent déjà compromises en raison de la position politique de certains grands gouvernements comme les États-Unis. Face à ces nouveaux défis,
il est donc d’autant plus indispensable que les investisseurs se mobilisent, notamment en invitant les sociétés à aligner leurs stratégies d’affaires sur les objectifs de l’Accord de Paris et en encourageant les gouvernements à établir des objectifs ambitieux en matière d’émissions à l’échelle nationale.

Santé publique

La pression sans précédent que subissent les systèmes de soins de santé justifie encore plus la nécessité de notre travail relatif à la résistance aux antimicrobiens (RAM) et à la stratégie d’accès aux médicaments, notamment sur la tarification responsable des médicaments.

Les antibiotiques ne sont pas efficaces contre les virus comme celui responsable de la COVID-19. Toutefois, ils peuvent servir à traiter certaines complications liées à la maladie, comme la pneumonie. Si les antibiotiques continuent de perdre de leur efficacité, les patients vulnérables risquent davantage de voir leur état clinique se détériorer et de mourir à cause de cette pandémie et de celles qui pourraient survenir à l’avenir.

En ce qui concerne l’accès aux médicaments et la tarification responsable des médicaments, la crise actuelle met en évidence la nécessité de veiller à ce que les vaccins contre les maladies infectieuses ainsi que les traitements efficaces soient abordables pour tout le monde, indépendamment de l’emplacement géographique. Les systèmes de santé publique sont soumis à d’énormes contraintes et les sociétés doivent travailler de manière constructive avec les gouvernements pour garantir un accès équitable aux traitements.

Divulgations

 

http://domini.com/covid19-statement

2 https://www.icsa.org.uk/assets/files/pdfs/guidance/agms-and-impact-of-covid-19-web.pdf

3 https://www.washingtonpost.com/climate-environment/2020/03/06/coronavirus-could-halt-worlds-emissions-growth-not-that-we-should-feel-good-about-that/?arc404=true

Les points de vue et opinions sont ceux de BMO Gestion mondiale d’actifs et ne doivent pas être considérés comme des recommandations ou des sollicitations d’achat ou de vente de sociétés qui auraient pu être mentionnées.

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