Marché et économie

Les désaccords au sein de l’OPEP + sont de mauvaises nouvelles supplémentaires quant à l’appétit pour le risque

Dans une décision surprise, l’Arabie saoudite a décidé d’inonder le marché en augmentant la production de pétrole de 25 % après avoir échoué à conclure un accord avec la Russie pour faire face à la chute soudaine de la demande de pétrole provoquée par le coronavirus.
Mars 2020
  • Les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP+) ont échoué à trouver un accord en vue de la réduction de l’offre, ce qui a déclenché une guerre des prix, l’Arabie saoudite augmentant sa production de pétrole de 25 %. Ce déferlement de pétrole a poussé son prix à des niveaux extrêmement faibles, inférieurs à 30 $ le baril, faisant perdre de l’argent à de nombreux producteurs.
  • Il s’agit d’une mauvaise nouvelle pour le Canada, sur le plan économique et sur le plan du marché boursier, puisque le pays compte encore beaucoup sur le pétrole. Cependant, nous nous attendons à une incidence négative plus faible que lors du choc pétrolier de 2014-2015, la dépendance à l’énergie ayant diminué au fil des ans.
  • Les dépenses en immobilisations liées à l’énergie au Canada et aux États-Unis devraient se contracter dans les prochains mois, mais les consommateurs profiteront de prix de l’essence et de taux hypothécaires plus bas, ce qui contribuera à compenser le ralentissement. Cependant, les disparités régionales en matière de croissance au Canada seront amplifiées, puisque les provinces productrices de pétrole font face à des difficultés croissantes, alors que les autres provinces bénéficieront d’un vent arrière.
  • Les actions du secteur de l’énergie continueront d’éprouver des difficultés par rapport à l’ensemble du marché jusqu’à ce que quelqu’un réagisse et réduise fortement la production de pétrole, ce qui pourrait prendre quelques mois. Les actions des marchés émergents asiatiques, menées par la Chine et l’Inde, profiteront de la baisse des prix du pétrole et devraient continuer de surpasser les actions canadiennes.

Dans une décision surprise, l’Arabie saoudite a décidé d’inonder le marché en augmentant la production de pétrole de 25 % après avoir échoué à conclure un accord avec la Russie pour faire face à la chute soudaine de la demande de pétrole provoquée par le coronavirus. Lundi, les cours du pétrole Western Texas Intermediate (WTI) ont atteint un creux intrajournalier de 27,34 $ le baril, avant de revenir à leur plancher de 30 $. Il s’agissait de la chute journalière la plus abrupte depuis 1991 (figure 1). Pendant ce temps, le prix du pétrole brut canadien (Western Canada Select) s’est effondré à seulement 17,80 $ le baril. Nous croyons que le Kremlin a déclenché une guerre des prix risquée afin de rééquilibrer les marchés pétroliers mondiaux en forçant les producteurs de gaz de schiste américains moins rentables à quitter le marché (Source : Bloomberg). Cette décision est risquée non seulement pour la Russie mais aussi pour tous les membres de l’OPEP+ puisqu’ils dépendent de façon cruciale des revenus pétroliers pour financer leurs dépenses publiques. La contraction de la demande provoquée par le coronavirus durera probablement encore quelques semaines avant que nous n’assistions à un rebond soutenu des prix, mais la guerre des prix pourrait durer plus longtemps, à moins que l’OPEP+ et la Russie négocient une trêve pour limiter l’offre de pétrole.

Figure 1 : Les cours intrajournaliers du WTI sous l’influence du déferlement de pétrole saoudien

OPEP - Figure 1 - Les cours intrajournaliers du WTI sous l’influence du déferlement de pétrole saoudien

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs.

Qu’est-ce que cela signifie pour le Canada?

De mauvaises nouvelles, bien sûr, mais pas aussi mauvaises qu’elles l’auraient été en 2014, quand l’extraction d’énergie représentait une part deux fois plus importante du PIB et qu’un tiers des dépenses en immobilisations au Canada était lié à l’énergie (figure 2). Mis à part l’ampleur très incertaine du ralentissement causé par le coronavirus, la réduction de la place de l’énergie dans l’économie est la principale raison pour laquelle nous nous attendons à une incidence moins importante maintenant. Pour l’économie de l’Alberta, il s’agit d’une autre vague de mauvaises nouvelles et nous ne serions pas surpris de voir la province connaître une autre récession tout au long de l’été si les prix du pétrole se maintiennent à des niveaux faibles.

Figure 2 : L’énergie compte toujours pour le Canada, mais elle représente maintenant la moitié de ce qu’elle était en 2014

OPEP - Figure 2 - L’énergie compte toujours pour le Canada mais elle représente maintenant la moitié de ce qu’elle était en 2014

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs. Remarque : Y compris les activités de soutien.

De la même manière, la pondération du secteur de l’énergie au sein de l’indice composé S&P/TSX a régulièrement diminué et représente maintenant moins de 6 % de l’indice composé S&P/TSX (hors pipelines). L’époque des 150 $ le baril de pétrole est révolue depuis longtemps et la tendance à long terme à la décarbonisation est bien enracinée. Pour les sociétés du secteur de l’énergie, la sous­performance n’est pas nouvelle, mais la récente pression de vente s’est intensifiée (figure 3).

Figure 3 : Le secteur de l’énergie (ZEO) affiche un rendement systématiquement inférieur à celui de l’ensemble du marché (ZCN)

OPEP - Figure 3 - Le secteur de l’énergie ZEO affiche un rendement systématiquement inférieur à celui de l’ensemble du marché ZCN

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs.

Ailleurs au pays, la baisse des prix du pétrole permettra aux ménages de profiter d’une pause aux stations-service et d’obtenir des taux hypothécaires nettement inférieurs. Cette situation stimulera fortement les provinces déjà en effervescence, soit l’Ontario, la Colombie-Britannique et le Québec, surtout parce que nous nous attendons à ce que les taux d’intérêt soient beaucoup plus lents à se normaliser que l’appétit pour le risque des investisseurs. Nous pensons que la Banque du Canada et la Fed réduiront fortement leurs taux au cours des prochaines semaines, à moins d’avoir des signes de confinement du virus. Une réduction des taux d’urgence par la BdC ne nous surprendrait pas si les perspectives se détérioraient davantage.

Qu’est-ce que cela signifie pour les États-Unis?

Dans le cadre d’un important changement stratégique, les États-Unis se sont transformés en exportateur net de pétrole au cours des dernières semaines, après avoir fortement augmenté leur production depuis la grande crise financière (figure 4). Cependant, la guerre des prix généralisée devrait ramener les États-Unis au statut d’importateur net. Néanmoins, les États-Unis sont maintenant le troisième plus important pays producteur de pétrole au monde, derrière la Russie et l’Arabie saoudite, et l’incidence du pétrole sur son économie est comparable à celle qu’il a sur le Canada. Nous nous attendons à ce que les dépenses en immobilisations liées à l’énergie aux États-Unis diminuent considérablement au cours des prochains mois, ce qui devrait compenser les avantages que procureront aux consommateurs la baisse des prix de l’essence et la faiblesse record des taux hypothécaires.

Figure 4 : Intensification de la production américaine en raison de la politique stratégique d’encouragement de la production (1 000 barils par jour)

OPEP - Figure 4 - Intensification de la production américaine en raison de la politique stratégique d’encouragement de la production

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs.

Qu’est-ce que cela signifie pour le reste du monde?

Pour les importateurs de pétrole lourd comme l’Europe, le Japon, la Chine et l’Inde, la baisse des prix du pétrole est nettement favorable à leurs perspectives. Elle les aidera à se protéger contre les répercussions négatives des perturbations temporaires de l’offre et de la demande provoquées par le coronavirus. Par ailleurs, les pays émergents producteurs de pétrole, comme le Brésil et le Mexique, risquent d’être soumis à des pressions accrues sur leurs économies et devises, les revenus externes provenant des exportations de pétrole demeurant faibles.

Répercussions sur la répartition de l’actif

Au cours des dernières semaines, nous avons surpondéré tactiquement les actions des marchés émergents, financées par les actions canadiennes. Nous ne nous étions pas attendus à un tel effondrement des cours pétroliers et, par conséquent, à ce qu’ils nuisent fortement au huard et aux actions du secteur de l’énergie, ni à ce que les cours boursiers chutent de près de 20 % en quelques jours; cependant, nous avons considéré que la Chine avait réussi à contenir la propagation du coronavirus plus rapidement que prévu. De plus, nous pensons que les mesures budgétaires et monétaires chinoises, combinées à l’accord commercial de phase 1, feront en sorte que les actions des marchés émergents surpasseront l’indice de la Bourse de Toronto. Les actions des marchés émergents sont également fortement concentrées dans la région Asie (70 %), qui est largement importatrice de pétrole et qui peut donc profiter de la chute des prix du pétrole.

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