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Les tensions géopolitiques assombrissent les perspectives, mais ne sous-estimez pas la résilience de l’économie mondiale

Les tensions géopolitiques assombrissent les perspectives, mais ne sous-estimez pas la résilience de l’économie mondiale
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mars 2022
  • Les turbulences géopolitiques alimentent les craintes d’une escalade et d’une récession. Le conflit en Ukraine pourrait perdurer, mais des signes positifs de la part de l’administration américaine laissent entrevoir une volonté ferme d’éviter une confrontation directe avec la Russie.
  • À notre avis, le Canada demeure le mieux placé pour composer avec l’incidence directe des sanctions imposées en Russie, qui devraient peser davantage sur l’Europe, et avec l’augmentation des prix des marchandises, le principal produit d’exportation du Canada. Nos prévisions relatives à la croissance économique mondiale et aux bénéfices des sociétés sont minées par le conflit. Nous estimons que la réaction du marché reflète une forte probabilité de récession ou d’escalade militaire.
  • Nous surpondérons toujours les actions, mais comme nous n’anticipons pas de progrès à court terme vers un rétablissement de la paix, nous demeurons prudents à l’égard des achats d’actions en baisse jusqu’à ce que le contexte politique s’améliore. Sur le plan régional, nous conservons une préférence pour les actions canadiennes, une position neutre en actions américaines et une sous-pondération des actions EAEO (Europe, Australasie et Extrême-Orient) et des marchés émergents. Nous sous-pondérons également la duration.
  • Sur le plan sectoriel, nous surpondérons toujours le secteur américain des services financiers et celui des compagnies aériennes internationales, et nous avons réduit la surpondération du secteur américain de l’énergie.

« L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. » – Sun Tzu

Les tensions géopolitiques assombrissent les perspectives, mais ne sous-estimez pas la résilience de l’économie mondiale

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a suscité un large éventail de préoccupations chez les investisseurs, notamment la crainte d’un élargissement éventuel du conflit militaire le plus important en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Même si le poids de la Russie (moins de 3 %; source : Statistia) et celui de l’Ukraine (moins de 0,01 %; source : Trading Economics) dans l’économie mondiale étaient relativement faibles avant l’éclatement du conflit, la Russie est un important fournisseur de produits de base (pétrole, gaz naturel, métaux et céréales) et le conflit a fait bondir les prix de plusieurs d’entre eux. (Graphique 1)

Graphique 1 : Forte hausse des prix des marchandises en raison des turbulences géopolitiques

 

Le graphique présente l’historique des indices des marchandises (énergie, métaux industriels et produits agricoles) depuis 2015. Nous observons une très forte hausse ces derniers jours, après une tendance haussière constante qui a commencé en 2021.

Source : Bloomberg et BMO Gestion mondiale d’actifs, au 11 mars.

Les conséquences d’une expansion du conflit pourraient être désastreuses, mais nous pensons qu’une escalade régionale sera évitée. Cela dit, il est probable que le conflit persiste pendant plusieurs semaines et qu’il pèse davantage sur l’humeur des investisseurs, même si nous nous attendons tout de même à ce qu’il nuise peu à l’activité économique mondiale, notamment en Amérique du Nord où les risques de baisse nous apparaissent moins élevés qu’en Europe.

Les marchés mondiaux en février : la peur d’une guerre et les sanctions économiques contre la Russie ébranlent les marchés

Les actions mondiales (indice MSCI Monde tous pays, -2,6 %) ont enregistré leur deuxième perte consécutive en février, en raison de l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Les actions canadiennes (indice S&P/TSX, +0,3 %) ont de nouveau été à l’abri des turbulences observées sur les marchés mondiaux et ont réussi à enregistrer un léger gain, le secteur de l’énergie ayant bondi de pair avec les prix du pétrole. Aux États-Unis, l’indice S&P 500 (-3,0 %) a été plombé par les chefs de file du secteur des technologies, et l’indice Nasdaq 100 (-4,5 %) a tiré de l’arrière. Les actions américaines à petite capitalisation (indice Russell 2000, +1,1 %) ont brillé en février, leur plus grande orientation vers le marché intérieur les protégeant mieux contre les turbulences mondiales, contrairement aux actions à grande capitalisation, dont les bénéfices sont davantage tributaires du marché mondial. Les actions d’Europe, d’Australasie et d’Extrême-Orient (indice MSCI EAEO, -1,7 %) ont fait belle figure au cours du mois, mais elles ont perdu du terrain à la fin de février par rapport à d’autres régions, car le conflit a éclaté et a commencé à nuire considérablement aux actions européennes (indice Euro Stoxx 50, -5,9 %) du fait des liens commerciaux étroits entre l’Europe, la Russie et l’Ukraine. Les actions des marchés émergents (indice MSCI ME, -3,0 %) ont également reculé, les actions russes ayant essuyé de lourdes pertes en février, avant de s’effondrer pour atteindre une valorisation spectaculaire de zéro en mars. Enfin, les actions chinoises (indice MSCI Chine, -3,7 %) sont restées à la traîne des actions mondiales et des marchés émergents, car le pays est toujours aux prises avec des difficultés liées à la croissance et aux politiques.

 

Bien que les tambours de guerre effraient les marchés, le contexte inflationniste qui a dominé les perspectives de politique monétaire des banques centrales au cours des derniers mois a continué d’exercer des pressions à la hausse sur les taux d’intérêt en février. Le taux des obligations du Canada à 10 ans a augmenté de 4 pdb malgré les perturbations géopolitiques et les pertes boursières. En raison d’inquiétudes quant à l’offre de pétrole, les cours pétroliers ont bondi à des sommets cycliques (Western Texas Intermediate, +8,6 %) et ont clôturé le mois à 95,72 $ le baril; ils se sont approchés de 130 $ au début de mars, alors que les craintes culminaient. L’aversion pour le risque et le positionnement relativement plus avantageux des États-Unis par rapport à l’Europe face aux bouleversements géopolitiques ont aidé le dollar américain à inscrire un léger gain (indice DXY Dollar, +0,2 %) au cours du mois. La hausse des prix du pétrole a contribué à une appréciation du dollar canadien de 0,3 % par rapport au dollar américain. Enfin, l’indice de volatilité VIX a continué de fluctuer de concert avec les cours boursiers cette année et est passé de 25 % à 30 %, l’anxiété des investisseurs s’accentuant et les actions demeurant malmenées. Une hausse de l’indicateur technique VIX à plus de 40 % représenterait selon nous une occasion tactique de réintégrer le marché des actions américaines.

L’indice S&P 500 en période de turbulences : les craintes géopolitiques tendent à offrir des occasions d’achat

Un examen des variations de l’indice S&P 500 à la suite de la Seconde Guerre mondiale et d’une série de guerres et d’attaques terroristes importantes survenues depuis (tableau 1) montre que, même dans les cas les plus dramatiques, les actions ont généralement connu des difficultés modérées et de courte durée. Les rendements boursiers sont toujours particulièrement sensibles aux grandes récessions, qui découlent la plupart du temps d’importants excès macroéconomiques (p. ex., endettement, levier financier) provoquant des vagues de mises à pied et de défaillances. Même si les prévisions de croissance mondiale sont revues à la baisse, nous pensons que les risques de récession demeurent très faibles, à moins que le conflit s’aggrave considérablement.

Tableau 1 : Incidence des événements géopolitiques et terroristes majeurs depuis la Seconde Guerre mondiale

 

Source : LPL Research, S&P Dow Jones Indices, CFRA, BMO Gestion mondiale d’actifs

Devrions-nous craindre une récession si le conflit reste limité à l’Ukraine?

Compte tenu de l’incertitude liée à la guerre, des sanctions, des perturbations de l’offre et de la flambée des prix des marchandises, les menaces qui pèsent sur l’économie mondiale se multiplient sous l’effet du conflit en Ukraine. À l’échelle régionale, toutefois, les risques de détérioration de l’économie varient grandement. Même si l’économie russe devrait beaucoup souffrir de la perte d’accès à ses principaux partenaires commerciaux et de l’effondrement de sa monnaie, nous estimons que l’économie européenne est la plus vulnérable, et ce, pour toutes les raisons énumérées ci-dessus. L’Europe pourrait mettre des années à surmonter les défis que pose le remplacement de l’approvisionnement en énergie russe (source : Politico). Aux États-Unis, nous pensons que la principale menace qui pèse sur les perspectives économiques provient des facteurs inflationnistes supplémentaires, en particulier en ce qui concerne les prix de l’essence, qui grugeront le pouvoir d’achat des consommateurs. Nous estimons que ce risque est gérable puisque les marchés de l’emploi aux États-Unis et au Canada sont florissants (source : Bloomberg).

 

La hausse des prix du pétrole aide la balance commerciale du Canada à enregistrer son plus important excédent depuis 2008 (graphique 2)

 

Même si l’économie canadienne n’est pas à l’abri des bouleversements mondiaux, c’est néanmoins l’économie développée qui, selon nous, est la mieux placée pour faire face à la hausse des prix des marchandises, puisque les exportations de marchandises jouent un rôle important dans l’économie. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles nous maintenons la surpondération des actions canadiennes, car nous craignons que le conflit perdure et nuise à l’Europe et aux pays émergents.

Graphique 2 : La balance commerciale internationale du Canada est à son plus haut niveau depuis 2008

 

Source : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs, données de janvier 2022.

Les consommateurs représentent probablement la plus grande menace pour les perspectives économiques. Nous nous attendons à ce que les consommateurs subissent des pressions inflationnistes accrues (comme une taxe) et une perte de pouvoir d’achat, ce qui pourrait ralentir la croissance économique en 2022. Cependant, comme l’économie poursuit son redressement à la suite de la pandémie, et que le contexte est marqué par des problèmes d’offre persistants, des ménages regorgeant de liquidités et une situation de plein emploi, une récession aux États-Unis nous apparaît peu probable.

Réflexions sur les perspectives du conflit

Selon nous, la réticence des États-Unis à mettre en place une « zone d’exclusion aérienne » au-dessus de l’Ukraine ou le refus d’envoyer des avions de chasse polonais en Ukraine sont d’importants signes positifs indiquant que l’administration américaine est soucieuse d’éviter une escalade dangereuse avec la Russie. Cependant, un accord de cessez-le-feu entre la Russie et l’Ukraine demeure hors de portée. Nous nous attendons à ce que les États-Unis et leurs alliés continuent à axer leurs politiques sur des sanctions économiques coûteuses et ciblées. Il y aurait lieu de s’inquiéter d’un scénario qui entraînerait d’autres pays dans le conflit et qui aurait des conséquences plus graves sur les plans humain et économique. Cependant, nous pensons qu’un tel scénario sera évité, étant donné son issue incertaine et coûteuse pour toutes les parties en cause. Pour ce qui est de l’Ukraine, malheureusement, nous croyons que des moments très difficiles se profilent à l’horizon, à moins que la Russie abandonne soudainement son objectif de conquérir le pays. Enfin, en raison des coûts économiques très élevés que la Russie doit assumer, nous pensons que le conflit sera relativement court (mois) plutôt que s’étirant sur des années. Un nouveau recul des actions nécessiterait probablement une aggravation du conflit, mais tout signe de progrès en matière de paix pourrait déclencher une forte remontée boursière comme celle que nous avons observée le 9 mars.

 

Perspectives des banques centrales : l’inflation nécessite une réduction des mesures de relance

Maintenant que la Banque du Canada et la Réserve fédérale américaine ont amorcé le relèvement des taux en effectuant des hausses de 25 pdb, nous nous attendons toujours à ce qu’elles portent aisément les taux à près de 2 % au cours des 12 prochains mois pour normaliser la politique et supprimer la stimulation offerte par les taux d’intérêt extrêmement bas. Même si nous croyons que les perspectives économiques résisteront aux hausses de taux et aux perturbations géopolitiques en Ukraine, nous estimons que les banques centrales seraient assez pragmatiques pour ajuster leurs politiques advenant un affaiblissement imprévu des conditions économiques. Enfin, comme les dépassements d’inflation pourraient persister jusqu’en 2023, nous nous attendons à ce que les banques centrales fassent preuve d’une plus grande tolérance à l’égard de l’inflation, qui devrait s’approcher de 3 % à moyen terme, par rapport à la cible précédente de 2 %.

 

Perspectives et positionnement : la peur est exagérée et nous continuons de surpondérer les actions, mais compte tenu de la lenteur des progrès vers la paix, la prudence est de mise à l’égard des achats d’actions en baisse

À court terme, nous ne prévoyons pas d’effet baissier considérable sur la croissance aux États-Unis, même si les consommateurs dépensent (beaucoup) plus pour remplir leur réservoir d’essence et que le taux d’accroissement des prix à la consommation dépassera facilement 8 % dans le prochain rapport sur l’inflation en mars. Qui plus est, nous pensons que les bénéfices des sociétés résisteront mieux que prévu, car les craintes entourant la croissance économique sont exagérées, surtout aux États-Unis. Enfin, nous croyons que les cours boursiers monteront en flèche si le conflit prend fin subitement. Nous estimons que le marché boursier tient actuellement compte d’une forte probabilité de récession en Europe.

Même si nous continuons de préférer les actions canadiennes, l’ampleur du pessimisme qui entoure les actions européennes les rend de plus en plus attrayantes, bien qu’elles demeurent exposées aux perturbations persistantes en Ukraine. Pour les raisons mentionnées ci-dessus, nous avons modifié la pondération des actions EAEO et des marchés émergents en faveur d’une sous-pondération, tout en abaissant celle des États-Unis à un niveau neutre.

Sur le plan sectoriel, nous maintenons la surpondération des services financiers et de l’énergie aux États-Unis, deux secteurs qui ont inscrit des rendements supérieurs depuis le début de l’année. Nous surpondérons également le secteur des compagnies aériennes internationales, qui a souffert d’un regain de pessimisme en raison de la flambée des prix du pétrole et de la crainte d’une guerre. Notre scénario initial pour ce secteur prévoyait un rebond de l’industrie mondiale du tourisme au cours des 18 à 24 prochains mois, et nous maintenons ce point de vue. En ce qui concerne les titres à revenu fixe, nous sous-pondérons la duration des taux d’intérêt.