Perspectives ESG: Accès pour la Croissance en Inde

Un perspective des entreprises fournissant un accès responsable aux soins de santé et aux finances en Inde
Octobre 2019

Juan Salazar

Vice-président, Équipe d’investissement responsable

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L’immense marché inexploité des soins de santé et des services financiers en Inde offre de formidables perspectives de croissance aux entreprises qui cherchent à le servir. Nous croyons qu’au-delà des avantages financiers qu’elles peuvent tirer de l’augmentation de leurs revenus, les entreprises peuvent et devraient, en rendant ces services abordables et inclusifs, jouer un rôle actif dans l’amélioration de la vie des gens. Notre voyage de recherche et de mobilisation l’été dernier dans ce pays nous a permis de recueillir des renseignements précieux sur les initiatives des entreprises dans ces domaines.

La réussite économique de l’Inde au cours des trois dernières décennies a contribué à sortir des millions de ses citoyens de la pauvreté. En revanche, l’accès aux services de base, comme les soins de santé et les services financiers, reste difficile pour des millions d’autres personnes, en particulier dans les régions rurales. Dans cet exposé, le deuxième qui se rapporte à notre récent voyage de mobilisation en Inde, nous soulignons les initiatives que prennent certaines entreprises pour offrir l’accès aux soins de santé et aux services financiers, ainsi que certaines des lacunes à combler pour améliorer la création de valeur partagée à long terme.

L’accès aux services de base, comme les soins de santé et les services financiers, reste difficile pour des millions de personnes, en particulier dans les régions rurales.

Le dilemme des soins de santé en Inde

On dit souvent que l’Inde est la pharmacie des pays du Sud. Le niveau de coût très faible qui favorise un vaste bassin de scientifiques et d’ingénieurs et le contexte réglementaire favorable ont aidé le pays à devenir une plaque tournante de la recherche et du développement pharmaceutiques. Le secteur s’est concentré sur la production de médicaments génériques à bon marché dans le but d’améliorer l’accès aux médicaments, tant en Inde qu’ailleurs dans le monde. Pourtant, la part chroniquement faible des fonds publics consacrés aux soins de santé en pourcentage du PIB (à peine plus de 1 %) est l’une des principales raisons pour lesquelles l’accès universel à des soins de santé abordables, dont les médicaments, n’est pas encore une réalité en Inde.

Pour des soins de santé abordables

L’augmentation du nombre de maladies non transmissibles (MNT), comme les maladies cardiaques et le diabète, a entraîné une hausse importante des coûts de soins de santé en Inde. Cette situation a eu des répercussions négatives sur la vie des ménages, car l’absence de programmes de soins de santé complets, publics ou privés, signifie que les gens paient habituellement leurs frais médicaux de leur poche. Dans le contexte d’un système de santé public miné par la faiblesse des infrastructures, de piètres mécanismes de prestation des soins de santé et de graves problèmes de qualité, la population n’a pas vraiment d’autre choix que de se tourner vers des établissements privés plus coûteux pour obtenir des soins de santé.

Le fait de payer soi-même ses médicaments et ses traitements peut entraîner des dépenses catastrophiques qui plongent les patients et leur famille dans le piège de la « pauvreté médicale ». Selon une étude menée par la Public Health Foundation of India, environ 55 millions d’Indiens ont basculé dans la pauvreté, en un an seulement, parce qu’ils ont dû payer eux-mêmes leurs soins de santé.¹

De nombreuses entreprises pharmaceutiques indiennes ont fait de grands progrès dans l’adoption de pratiques novatrices pour offrir des médicaments abordables, conformément au troisième objectif de développement durable : permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge. Cipla et Biocon, deux des entreprises dont nous avons rencontré des représentants, se démarquent. La stratégie d’accès aux médicaments de Cipla ne repose pas seulement sur la tarification, mais aussi sur des campagnes de sensibilisation très médiatisées, sur l’éducation des patients et des médecins et sur une logistique de distribution optimisée qui permet d’atteindre les plus petites villes et l’Inde rurale. La stratégie d’innovation de Biocon englobe le développement de versions abordables de médicaments biologiques ou de médicaments biosimilaires, qui constituent des solutions de rechange économiques.

Nous avons également rencontré deux prestataires de services de soins de santé en pleine croissance dont la philosophie repose sur le caractère abordable des traitements. Narayana Health et Healthcare Global Enterprises (HGE) ont su tirer parti de la technologie, de systèmes de livraison efficaces et d’économies d’échelle pour rendre accessibles et abordables des traitements de grande qualité en cardiologie et en oncologie, respectivement. Fait à noter, les deux entreprises ont établi des structures de tarification qui fixent le coût des traitements en fonction du revenu des patients.

Nous avons été encouragés par les efforts déployés par ces entreprises pour combler l’écart en matière de soins de santé pour les habitants les plus pauvres de l’Inde. Pour l’avenir, nous avons demandé une collaboration accrue avec le gouvernement en vue d’élargir l’accès abordable, en réduisant les inefficacités de la chaîne d’approvisionnement, en améliorant le partage de l’information sur le prix des médicaments entre les hôpitaux, en instaurant des contrôles plus stricts du prix des médicaments et en investissant davantage dans la recherche et l’innovation.

Normes de qualité

On a constaté que plusieurs grandes entreprises indiennes du secteur des médicaments génériques adaptent leurs normes de fabrication en fonction du pays client, ce qui se traduit par la vente de médicaments de moindre qualité à des pays à faible revenu où la surveillance réglementaire est laxiste. Ces pratiques peuvent facilement effacer les avantages d’un accès amélioré à des médicaments abordables.

Nous avons discuté longuement de ces enjeux avec Cipla et Alkem Laboratories. Nous avons été impressionnés par l’engagement de Cipla à l’égard de la qualité et de la sécurité : toutes ses usines respectent des normes rigoureuses, c’est-à-dire celles qui sont imposées par les organismes de réglementation de l’Union européenne et des États-Unis, peu importe le marché auquel les médicaments sont destinés. De plus, des indicateurs de qualité sont intégrés à la structure de rémunération et à la grille de performance des dirigeants.

Nous prévoyons continuer à collaborer avec les grandes entreprises pharmaceutiques indiennes afin de mettre en application des pratiques similaires, en mettant l’accent sur la gouvernance de qualité, les normes de fabrication et l’intégrité des données. Nous allons également nous efforcer d’améliorer la transparence des constatations des inspections réglementaires, de même que de la nature des lettres ou des avertissements et, surtout, des mesures correctives prises par la direction pour répondre aux préoccupations soulevées.

Nous avons été encouragés par les efforts déployés par ces entreprises pour combler l’écart en matière de soins de santé pour les habitants les plus pauvres de l’Inde.

Inclusion financière 2.0

L’Inde a fait d’importants progrès en matière d’inclusion financière au cours de la décennie. Lorsque la Banque mondiale a publié la première base de données Global Findex en 2011, seulement 40 % des Indiens adultes avaient un compte bancaire. La deuxième version de la base de données,² publiée en 2018, indiquait que près de 80 % des Indiens adultes ont un compte bancaire, ce qui représente un ajout notable d’environ 300 millions de comptes en quelques années seulement.

Il est important de noter que les groupes traditionnellement exclus bénéficient eux aussi de ces gains. Chez les femmes, on constate une augmentation de 30 % du nombre de titulaires de comptes, et cette hausse est de 40 % chez les ménages les plus pauvres. Ces progrès remarquables sont attribuables à un certain nombre de mesures d’inclusion financière prises par le gouvernement et aux efforts fructueux des institutions financières publiques et privées pour tirer parti des occasions engendrées par ces mesures. Cependant, l’Inde obtient de moins bons résultats au chapitre de l’utilisation des services financiers puisque, selon les estimations, 20 % seulement de la population utilisent réellement ces comptes. Les gens continuent à se fier au secteur informel, ce qui pourrait expliquer le nombre de comptes dormants.

Nous sommes convaincus que l’inclusion financière peut et devrait jouer un rôle important dans l’atteinte de nombreux objectifs de développement durable, dont l’élimination de la pauvreté (ODD 1), la promotion de l’égalité des sexes (ODD 5) et la création d’emplois (ODD 8).

Au cours de notre voyage, nous avons rencontré deux institutions financières, la Housing Development Finance Corporation (HDFC) et HDFC Bank (dans laquelle la première détient une participation de 21 %) pour évoquer leurs initiatives d’inclusion financière.

HDFC, le plus important prêteur hypothécaire au pays, a participé activement à un programme de subventions gouvernementales visant à procurer des logements abordables aux acheteurs de logements à revenu moyen ou faible. En 2018-2019, l’entreprise a approuvé 37 % des prêts à l’habitation en volume et 18 % en valeur aux clients au plus faible revenu, c’est-à-dire ceux dont le revenu annuel du ménage est de 8 700 $ ou moins. HDFC a également conclu un partenariat avec la Société financière internationale (SFI) afin d’établir un fonds pour l’octroi de prêts aux promoteurs de projets de logements abordables en Inde.

Étant donné le potentiel de création de valeur partagée, nous avons fait part de notre soutien à l’égard de ces initiatives. À l’avenir, nous avons l’intention de collaborer avec HDFC pour l’aider à améliorer son approche visant à intégrer les enjeux de construction durable à ses activités de crédit hypothécaire.

Notre entretien avec la HDFC Bank a porté sur la mesure de l’incidence sociale, et plus particulièrement sur la façon de mieux comprendre les résultats et les effets des initiatives d’inclusion financière pour les clients et pour la banque, mais aussi pour la société dans son ensemble. Pour cela, il faudra délaisser les mesures relatives à l’accès, comme le nombre de personnes qui ouvrent des comptes pour la première fois, en faveur de mesures qui mettent l’accent sur l’utilisation des comptes et la santé financière. La banque a confirmé qu’elle avait retenu les services de tierces parties spécialisées afin de mieux comprendre la façon dont les produits et services financiers sont utilisés et leur incidence sur le niveau de vie. Nous nous attendons à ce que cette initiative permette de repérer et de résoudre les problèmes qui empêchent les nouveaux utilisateurs d’abandonner complètement le secteur financier informel.

Nous surveillerons de près les progrès et les résultats de cette tâche, et nous allons continuer à nous engager dans les domaines de l’inclusion financière, et notamment de la mise en oeuvre de programmes de littéracie financière et de stratégies bancaires numériques. Nous sommes convaincus que l’inclusion financière peut et devrait jouer un rôle important dans l’atteinte de nombreux objectifs de développement durable, dont l’élimination de la pauvreté (ODD 1), la promotion de l’égalité des sexes (ODD 5) et la création d’emplois (ODD 8).

Conclusion

Les entreprises des secteurs des soins de santé et des services financiers en Inde, et dans les pays émergents en général, qui intègrent des facteurs d’accès et d’inclusion dans leurs stratégies d’affaires, sont bien placées pour tirer parti des occasions de croissance qu’une clientèle en expansion peut offrir. La prise en charge responsable, transparente et éthique de nouveaux clients mal desservis aura des effets durables, au-delà de l’incidence pouvant être positive sur le bénéfice et la valeur pour les actionnaires des entreprises. L’accès à des services de base dans les secteurs des soins de santé et de la finance permet de renforcer l’autonomie des personnes, de promouvoir l’égalité des sexes et d’accroître la consommation, dans tous les cas des facteurs essentiels au développement socioéconomique. En tant que propriétaires actifs, nous pouvons exercer une forte influence pour favoriser un changement qui, en plus de s’attaquer à des risques environnementaux, sociaux et de gouvernance importants, est propice à un développement durable et équitable.

¹ SELVARAJ, Sakthivel, Habib Hasan FAROOQUI et Anup KARAN, Quantifying the financial burden of households’ out-of-pocket payments on medicines in India : a repeated cross-sectional analysis of National Sample Survey data, 1994–2014, janvier 2018.

² https://globalfindex.worldbank.org/

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