Qu’est-ce que nous réserve le contexte macroéconomique pour 2020?

Fred Demers

Directeur général, Solutions d’investissement multiactif

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Jon Adams

Directeur général, Solutions d’investissement multiactif

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À l’aube d’une nouvelle décennie, les conditions du marché semblent très différentes de celles des dix dernières années. Pour vous aider à positionner les portefeuilles de vos clients, Jon Adams et Fred Demers de l’équipe Solutions d’investissement multiactif de BMO Gestion mondiale d’actifs, abordent tout ce que vous devez savoir pour les 12 prochains mois : des prévisions régionales du marché aux tendances macroéconomiques, en passant par la politique et l’évolution des politiques.   

Comment les marchés en sont-ils arrivés là?

M. Demers : En revoyant les perspectives antérieures de l’équipe Solutions d’investissement multiactif, il est évident que nous avons adopté une vision optimiste des marchés mondiaux. Nous avions prévu que la vigueur des États-Unis se poursuivrait dans un contexte de croissance anémique en Europe et d’apaisement des tensions commerciales. À en juger par l’impressionnant rendement des marchés boursiers aux États-Unis, nos prévisions étaient en grande partie exactes; toutefois, le moment prévu de l’apaisement de la guerre tarifaire était peut-être trop optimiste.

M. Adams : Exactement. Même si les tensions se sont dissipées après l’annonce d’une entente de « phase 1 » entre la Chine et les États-Unis, nous nous attendions à ce que les négociations soient plus avancées à ce stade. Notre évaluation de l’économie européenne a été plus concluante : la croissance a été peu reluisante et le Brexit a représenté un défi constant. Néanmoins, les actions à l’échelle du continent ont réussi à surpasser les attentes. Une reprise de la croissance et de légers progrès supplémentaires sur le plan commercial seraient de bon augure pour les actifs à risque.

M. Demers : La poursuite de l’expansion mondiale est certainement une probabilité pour 2020. Notre liste de surveillance pour l’année compte quatre principaux indicateurs : la stabilisation du secteur manufacturier, la vigueur du marché du travail, les politiques monétaires et budgétaires expansionnistes et, bien entendu, la politique. Ces quatre facteurs devraient alimenter les résultats du marché dans toutes les régions, mais leur incidence variera sans aucun doute d’un pays à l’autre. À l’heure actuelle, notre scénario de référence préconise des taux d’intérêt relativement stables et une poursuite de la progression des actions mondiales.

Le début de la croissance mondiale désynchronisée

M. Adams : Pour en revenir à l’idée de la suprématie économique continue des États-Unis, nous nous attendons à ce qu’elle se maintienne cette année en dépit d’un net ralentissement par rapport aux autres régions. L’économie a été très résiliente cette année. Rappelez-vous qu’il y a un an, nous étions préoccupés par une récession imminente aux États-Unis; pourtant, la croissance au cours des deux premiers trimestres a été plutôt solide et a continué de surpasser les prévisions. On peut en dire autant du deuxième semestre, malgré un léger ralentissement. Nous nous attendons à ce que la croissance intérieure dépasse 2 %, comparativement à l’Europe, où l’économie est sur la bonne voie pour dégager un peu plus de 1 %.

M. Demers : De nombreuses raisons structurelles expliquent le découplage de la croissance mondiale. Les contextes politiques sont très différents d’une région à l’autre, tout comme les antécédents en matière de politique budgétaire et la capacité d’intervention des banques centrales. L’Europe fait face à des défis en Espagne, en Italie et, évidemment, en Grande-Bretagne qui l’empêchent de suivre le rythme des États-Unis. Par ailleurs, la Chine semble connaître un ralentissement plus cyclique. Avec un peu de chance, le produit intérieur brut (PIB) atteindra 6 % ou un peu moins en 2020, mais dans l’ensemble, on semble se diriger vers une croissance mondiale plus lente.

M. Adams : Néanmoins, des points positifs ressortent. Nous avons remarqué que de nombreux spécialistes de la répartition d’actif préconisent les actions européennes en raison de leurs faibles valorisations. Il est donc fort possible que certains placements hors États-Unis réalisent des gains. En ce qui concerne les marchés émergents, l’incidence que pourraient avoir les mesures de relance de la Chine dans les années à venir suscite de nombreux débats. Comme l’a mentionné M. Demers, nous nous attendons pour l’économie intérieure de la Chine à un PIB plus faible, mais stable. On craint toutefois en général que cette série de mesures de relance ne se propage pas aux autres pays émergents qui dépendent de leur relation commerciale avec la Chine. Par exemple, de nombreuses économies de l’Asie du Sud-Est sont extrêmement dépendantes des exportations et pourraient être défavorisées par une prolongation de la guerre tarifaire. Cela dit, nous sommes généralement optimistes à l’égard des titres de créance des marchés émergents, car il y a suffisamment de marge de manœuvre du côté de la politique monétaire, contrairement aux marchés développés, où les taux sont près ou légèrement au-dessous de zéro depuis des années.

M. Demers : De plus, comme nous l’avons déjà mentionné, la vigueur des marchés du travail sera une source importante de confiance des consommateurs et de stabilité économique. Autre signe favorable, les récentes prévisions salariales laissent présager que les salaires mondiaux connaîtront une croissance de 4,9 %, dépassant les prévisions d’inflation de 2,8 %. À l’heure actuelle, notre scénario de base prévoit que les marchés du travail demeureront solides et soutiendront les actifs à risque. Il faut cependant demeurer à l’affût des risques de baisse; si les marges bénéficiaires deviennent trop serrées et que l’incertitude macroéconomique persiste, le marché du travail pourrait finir par s’affaiblir.

De la géopolitique à la politique locale

M. Adams : Sur le plan politique, nous percevons un mouvement des préoccupations internationales généralisées, comme la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, vers des questions plus nationales, comme la course à la présidence des États-Unis de 2020. Les marchés se concentrent sur qui sortira gagnant de la course démocrate, vu le large éventail d’idées allant de modérées à très progressives. Cela entraînera probablement une volatilité accrue et générera des occasions d’achat tout au long de l’année, mais nous croyons que la probabilité que des réformes majeures se transposent en politiques est plutôt faible. Même si un candidat démocrate est élu, il y a de fortes chances qu’il doive composer avec une majorité républicaine au Sénat.

M. Demers : Effectivement, seul un petit nombre de sièges du Parti républicain semblent réellement en jeu. Pendant ce temps, au Royaume-Uni, la victoire décisive de Boris Johnson aux élections générales ouvrira la voie au Brexit le 31 janvier, ce qui élimine certaines incertitudes importantes qui ont retardé les décisions d’investissement des entreprises au cours des dernières années. Bien que cela soit positif pour la livre sterling et les actifs à risque au Royaume-Uni, nous ne nous attendons pas à ce que le pays affiche un rendement supérieur en 2020, car sa relation future avec l’Union européenne, son principal partenaire commercial, demeure incertaine. Heureusement, la Banque d’Angleterre est prête à réagir au besoin et Boris Johnson a présenté des plans de dépenses supplémentaires dans des domaines comme la santé; il est donc probable que des mesures de relance budgétaire soient également mises en œuvre.

M. Adams : Plus à l’est, l’économie japonaise a été très vigoureuse au cours des derniers trimestres. Nous percevons des signes timides qui laissent entrevoir que la croissance économique a possiblement atteint un creux. En ce qui concerne les cours des actifs, les actions japonaises sont intéressantes du point de vue de la valorisation et le yen offre un certain potentiel de hausse par rapport au dollar américain. Les placements dans la devise peuvent servir de couverture par rapport à notre surpondération des actions. Nous sommes toutefois généralement optimistes en ce qui concerne le Japon, en particulier les actions et la devise.

Tirer parti des leviers de politique monétaire et budgétaire

M. Demers : L’année dernière, les banques centrales ont réagi de façon préventive, ce qui diffère grandement des cycles précédents, en particulier pour la Réserve fédérale américaine (la Fed). Plutôt que d’agir après coup pour sauver l’économie, elles ont commencé à assouplir leurs politiques, ou du moins à signaler un assouplissement, lorsque des préoccupations mondiales sont apparues à l’horizon. Habituellement, leur stratégie se limite aux questions nationales. Cette fois-ci, elles sont plutôt passées du « pilote automatique » à la réduction des taux, ce qui a procuré un fort sentiment de sécurité aux investisseurs qui craignaient le début de la fin du cycle.

M. Adams : L’évolution de la situation s’est révélée intéressante à suivre. À pareille date l’an dernier, les marchés s’attendaient à ce que la Fed continue de relever les taux d’intérêt. Nous avons plutôt eu droit à trois réductions. Tout porte à croire que la Fed restera sur la touche pour la prochaine année, mais le simple fait de laisser entendre que la politique monétaire sera expansionniste a permis aux cours boursiers d’augmenter. Les bénéfices, les investissements des entreprises et la confiance des consommateurs sont à la baisse, mais les actions ont fait fi de ces données inquiétantes

M. Demers : Au Canada, les taux hypothécaires représentent le principal canal de transmission des mesures de relance monétaire. Même si la Banque du Canada (BdC) n’a pas directement réduit ses coûts d’emprunt, elle a réussi à importer une partie de la détente opérée par la Fed, à un point tel que les taux d’intérêt ont baissé de 100 points de base au cours de la dernière année. L’incidence peut être énorme, car environ 70 % des prêts hypothécaires canadiens sont renouvelés tous les cinq ans. Par conséquent, en plus d’une forte croissance démographique, nous considérons que la remontée du marché de l’habitation est un important facteur favorable. La santé économique du pays n’est uniformément solide. Alors que le gouvernement de l’Alberta tente tant bien que mal de gérer la surabondance de l’offre de pétrole, des pressions grandissantes sont exercées sur la BdC afin qu’elle stimule la croissance; mais, pour le moment, elle peut se permettre d’être patiente.

Comment positionner les portefeuilles de vos clients?

M. Adams : Si les risques mondiaux disparaissent et que la croissance s’accélère, nous pourrions constater des rentrées de fonds vers les actions européennes attrayantes du point de vue de la valorisation à long terme. Les investisseurs institutionnels vont déjà dans cette direction. Nous continuons de favoriser les actions américaines, car nous croyons qu’elles surpasseront notre scénario de base d’une lente reprise de la croissance, ainsi qu’un scénario de baisse. En ce qui concerne les titres à revenu fixe, la quête de rendement se maintiendra probablement. Nous croyons donc que les obligations d’État américaines se maintiendront dans une fourchette relativement étroite. Nous préférons les titres de créance des marchés émergents aux titres américains à rendement élevé, car les valorisations de ces derniers semblent élevées et les banques centrales des marchés émergents ont amplement de marge de manœuvre pour réduire les taux.

M. Demers : Cherchez les actifs qui ont la capacité de générer un taux de rendement plus élevé. L’un des effets secondaires de l’assouplissement de la politique monétaire est un taux d’inflation faible à modérée, qui gruge la valeur du rendement attendu et fait en sorte qu’il devient difficile de trouver des titres à revenu fixe satisfaisants au Canada et aux États-Unis. Le deuxième enjeu se rapporte au cycle. Comme le cycle haussier d’une durée de 10 ans tire probablement à sa fin, vous devez envisager de nouvelles manières de diversifier les portefeuilles de vos clients – et c’est là que les placements non traditionnels peuvent vous aider. Je vous invite à vous pencher sur ces deux éléments en 2020.

Pour plus de commentaires éclairants sur les marchés, lisez notre rapport complet des perspectives pour 2020 de l’équipe Solutions d’investissement multiactif ou communiquez avec votre représentant – Ventes régionales de BMO pour en savoir plus sur nos solutions de placement uniques et nos idées novatrices de développement des affaires.

 

Également dans le numéro de janvier 2020 de Perspectives :

Dites bonjour à la planification successorale approfondie >

Résister à l’épreuve du temps :comment tirer parti de la réussite >

Tout énoncé qui repose nécessairement sur des événements futurs peut être une déclaration prospective. Les déclarations prospectives ne sont pas des garanties de rendement. Elles comportent des risques, des éléments d’incertitude et des hypothèses. Bien que ces déclarations soient fondées sur des hypothèses considérées comme raisonnables, rien ne garantit que les résultats réels ne seront pas sensiblement différents des résultats attendus. L’investisseur est prié de ne pas se fier indûment aux déclarations prospectives. Concernant les déclarations prospectives, l’investisseur doit examiner attentivement les éléments de risque décrits dans la version la plus récente du prospectus simplifié.

Le présent article est fourni à titre informatif seulement. L’information contenue dans le présent document ne constitue pas une source de conseils en placement et ne doit pas être considérée comme telle. Les placements doivent être évalués en fonction des objectifs de chaque investisseur. Il est préférable, en toute circonstance, d’obtenir l’avis de professionnels.

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