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Répartition de l’actif – perspectives – Mars 2020 : Le coronavirus gâche la fête

Mars 2020
  • Au cours des prochaines semaines, l’évolution du coronavirus sera cruciale pour les marchés, mais l’orientation expansionniste des banques centrales contribuera à limiter l’émergence de nouvelles peurs. À moins d’une pandémie complète, nous prévoyons toujours que les conséquences du virus seront temporaires, mais nous nous attendons à ce que la volatilité et l’incertitude persistent encore quelques semaines.
  • Les baisses de taux ne guériront pas du virus, mais elles rendront les actions de plus en plus attrayantes, les taux demeurant soumis à des pressions à la baisse. Les marchés obligataires pourraient forcer la Fed et d’autres banques centrales à mettre en œuvre des assouplissements supplémentaires au cours des prochaines semaines.
  • Nous demeurons prudemment optimistes à l’égard des perspectives et maintenons une surpondération modérée des actions par rapport aux obligations. Les taux obligataires approchent rapidement de zéro en Amérique du Nord, mais nous ne prévoyons pas encore un creux et nous maintenons une légère surpondération de la duration.
  • Nous surpondérons tactiquement les actions des marchés émergents à la lumière du confinement rapide du virus en Chine. L’assouplissement budgétaire et monétaire donnera un important avantage aux actions des marchés émergents au cours des prochains mois. Nous finançons notre surpondération des marchés émergents au moyen d’actions canadiennes, dont l’indice fortement tributaire des banques devrait être à la traîne des actions des marchés émergents dans ce cycle de relance chinois.

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Warren Buffett

À la fin de février, les premiers signes de propagation du virus à l’échelle mondiale ont déclenché une forte vente sur les marchés boursiers et les taux de rendement des obligations d’État se sont effondrés. Par ailleurs, les indicateurs chinois de haute fréquence, comme la consommation quotidienne de charbon et la circulation routière, montraient une relance graduelle de l’activité. L’Europe commence à ressentir les contrecoups de l’effondrement du tourisme chinois tandis que la propagation du virus a provoqué une stricte quarantaine en Italie. Même si le virus s’est mondialisé, le taux de contagion semble s’est atténué (Source : World Meters). Cependant, on ne sait toujours pas à quel point le taux d’infection pourrait évoluer en Europe et en Amérique du Nord, ce qui compte le plus pour les investisseurs. En moyenne, 400 000 personnes meurent de la grippe chaque année (Source : NCBI), mais le coronavirus (COVID-19) présente plusieurs éléments inconnus et a fait naître des craintes.

La Chine a réussi à limiter assez rapidement l’expansion du COVID-19 et les mesures draconiennes visant à limiter la contagion ont été en grande partie efficaces. Par exemple, la région du Guangdong, qui compte une population d’environ 110 millions d’habitants, a connu moins de 1 500 cas confirmés et 7 décès en date du 4 mars (Source : CHP), soit un très faible taux d’infection de 0,001 %.

Moins d’une semaine après que M. Clarida, le vice-président de la Fed, a déclaré que « la politique est bonne » (Source : Bloomberg), la « force de frappe de la Fed » a été utilisée le matin du 3 mars avec une baisse d’urgence des taux de 50 points de base (pdb). Même si cela ne soignera du virus, nous croyons que cette baisse rend les actions encore plus attrayantes. Revenir sur ces baisses de taux sera probablement plus difficile que de les mettre en œuvre.

Baisse des actions en février

La vigueur des bénéfices et l’optimisme ont permis aux actions de partir du bon pied en février, mais l’avalanche de mauvaises nouvelles liées au coronavirus les a fortement poussées à la baisse à la fin du mois. Le 28 février, l’indice de volatilité VIX a failli atteindre les 50, son sommet depuis la crise financière de 2008 (figure 1). Les actions mondiales (indice MSCI Monde tous pays) ont reculé de 8,0 % en raison de la faiblesse régionale générale, les investisseurs se préparant à un fort ralentissement économique et à une contraction des bénéfices au premier semestre de 2020 en raison du COVID-19. Il est intéressant de noter que même si l’Italie était l’épicentre de la propagation du virus dans les économies développées, son marché boursier (l’indice FTSE MIB, -5,6 %) a surpassé le principal indice de référence européen (l’indice Euro Stoxx 50, -8,5 %). La peur ayant dominé l’humeur des marchés mondiaux, il y a eu peu de dispersion entre les principaux marchés, les pertes variant entre 8 % et 9 %. Les actions du Canada (indice S&P TSX, -5,9 %), des marchés émergents (indice MSCI EM, -5,3 %) et du Nasdaq 100 (-5,8 %) se sont distinguées par un rendement légèrement moins négatif. Le mois dernier, la principale exception a été l’indice de référence de la Chine (Shenzhen, +2,8 %), qui a grimpé pour un deuxième mois consécutif, confirmant l’idée que les investisseurs s’attendent à ce que le ralentissement de la croissance et des bénéfices de la Chine soit de courte durée.

Figure 1 : Hausse de l’indice de volatilité implicite VIX en raison de la peur entourant le coronavirus

Le coronavirus gâche la fête - Figure 1 - Hausse de l’indice de volatilité implicite VIX en raison de la peur entourant le coronavirus

Source : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs

Les marchés des titres à revenu fixe ont également été tumultueux puisque les investisseurs ont afflué vers les obligations en s’attendant à ce que les banques centrales viennent à la rescousse. Au Canada, le taux des obligations d’État à 10 ans a perdu 14 points de base le mois dernier et, au début de mars, avait reculé de plus de 85 points de base, après la baisse des taux de la Banque du Canada (BdC), le taux se négociant même en deçà de 0,9 %. C’est environ 1,5 % sous l’inflation selon l’IPC, ce qui rend les actifs à revenu fixe de plus en plus difficiles à conserver à long terme par des investisseurs qui se soucient de préserver leur pouvoir d’achat. Le huard a continué de se déprécier par rapport au dollar américain (-1,2 %), les prix du pétrole ayant chuté de 13,2 % après une baisse similaire en janvier. La crainte des marchés étant importante, le dollar américain (DXY) a encore progressé de 0,8 %. Enfin, les écarts de taux des obligations à rendement élevé de sociétés américaines se sont creusés de 110 pdb à mesure que les craintes de récession augmentaient.

Facteurs liés aux actions : Encore une fois, les actions de valeur coûtent un peu moins cher

Les facteurs liés aux actions ont souffert de façon égale en février, mais la valeur (-9,2 %) a constamment eu un rendement inférieur à celui du momentum (-7,0 %), de la croissance (-7,0 %) et de la qualité (-7,4 %). Les actions à petite capitalisation (-9,3 %) et à dividendes élevés (9,1 %) ont également davantage souffert que l’ensemble du marché (indice MSCI Monde tous pays, -8,0 %).

Au Canada, le rendement du FNB BMO d’actions canadiennes à faible volatilité (symbole : ZLB, -5,5 %)* a été légèrement supérieur à celui du FINB BMO S&P/TSX composé plafonné (symbole : ZCN, -5,8 %)* pour le deuxième mois consécutif. Notre opinion sur la surpondération stratégique et tactique des actions canadiennes à faible volatilité reste intacte, même si nous croyons que le ralentissement provoqué par le coronavirus sera en grande partie temporaire.

Les actions à petite capitalisation sont-elles un autre piège de valeur?

Les actions à petite capitalisation affichent un rendement à long terme intéressant et sont assorties d’une prime de risque persistante, en grande partie parce que les grands investisseurs font face à des contraintes de capacité lorsqu’ils investissent dans ce secteur. Elles ont tendance à se comporter de la même façon que les actions de valeur et affichent habituellement des rendements supérieurs pendant les périodes de reprise économique, les petites entreprises pouvant être plus agiles lorsqu’il s’agit de saisir les occasions de croissance émergentes. Elles sont aussi moins sensibles aux taux d’intérêt, mais elles sont plus volatiles et ont tendance à afficher un rendement nettement inférieur pendant les corrections du marché. Enfin, les périodes de fin de cycle ou de faible croissance ne sont pas le moment idéal pour les surpondérer par rapport aux grandes capitalisations, les investisseurs commençant à se concentrer sur les sociétés présentant des caractéristiques de qualité.

Depuis octobre 2018, qui a marqué le début de la fin du cycle des taux de la Fed après le commentaire sur les « taux loin d’être neutres » du président de la Fed, Jerome Powell, les rendements des titres à grandes et à petites capitalisations ont considérablement variés (figure 2). Les actions américaines à petite capitalisation (indice Russell 2000) ont sous-performé d’environ 16 % par rapport aux actions à grandes capitalisations (indice S&P 500). Au Canada, la sous-performance des actions à petites capitalisations est légèrement pire. À l’échelle mondiale, les actions des sociétés canadiennes à petites capitalisations ont affiché un rendement inférieur, en partie en raison de la plus grande part de sociétés du secteur de l’énergie, qui ont connu des difficultés majeures au cours des derniers mois. En période d’incertitude accrue, la surpondération des titres à grandes et petites capitalisations peut constituer une bonne protection contre les risques de baisse, puisque les petites entreprises ont tendance à avoir plus de mal à traverser les périodes de difficultés financières. Cela est particulièrement vrai dans le contexte de l’épidémie de coronavirus, qui perturbe les chaînes d’approvisionnement et les flux de trésorerie.

Figure 2 : Rendement des actions à grande et à petite capitalisation

Le coronavirus gâche la fête - Figure 2 - Rendement des actions à grande et à petite capitalisation

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs

Perspectives de la Fed : Baisse d’urgence des taux : panique ou prévention?

Le jour même où la Fed procédait à une réduction d’urgence des taux de 50 pdb (Source : Bloomberg), les marchés boursiers ont fermés en baisse de près de 3 %, les investisseurs se demandant si la Fed savait quelque chose qu’ils ignoraient. À notre avis, plutôt que de signaler de fortes craintes d’un repli, cette décision est un autre signe que la Fed agit de façon préventive contre les risques de baisse. Lorsque les taux se rapprochent du zéro, les banques centrales ont intérêt à intervenir avec vigueur, plutôt que timidement avec des réductions de 25 points de base une réunion sur deux, tout en « attendant les données », comme le font trop souvent les économistes.

Étant donné que les perspectives économiques à court terme restent assombries par la crainte entourant le coronavirus et que les banques centrales restent déterminées à prolonger le cycle à tout prix, nous pourrions bientôt assister à d’autres réductions de taux. Leurs taux d’intérêt étant en territoire négatif, la BCE et la Banque du Japon utiliseront probablement d’autres « outils » pour soutenir les marchés, notamment en étendant leurs programmes d’achat d’actifs.

Perspectives de la BdC : Le coronavirus ne cache pas les difficultés intérieures persistantes

Après s’être démarquée en 2019, la BdC a imité la Fed en réduisant son taux de 50 pdb pour se protéger contre le ralentissement actuellement provoqué par le coronavirus (Source : Bloomberg). Compte tenu de la décélération de la croissance en 2019 et de la persistance de l’inversion de la courbe des taux au Canada, la réduction était probablement un peu en retard, même si nous continuons de penser que le Canada a besoin d’une politique budgétaire plus favorable à la croissance de long terme. Ce qui est certain, c’est que l’endettement des ménages augmentera grâce à un marché de l’habitation déjà en effervescence. Dans ce contexte, nous nous attendons à ce que les fiducies de placement immobilier (FPI) continuent d’enregistrer des rendements supérieurs aux banques jusqu’à ce que les pressions à la baisse exercées sur les taux d’intérêt se stabilisent plus tard cette année.

Super Mardi : Bonne nouvelle pour les investisseurs boursiers

Joe Biden a fait un retour étonnamment marqué lors du Super Mardi. Après son échec face à Bernie Sanders, son résultat a rassuré les marchés, puisqu’il lui a permis de prendre la tête dans la course à l’investiture démocrate. Biden est connu depuis longtemps pour ses politiques centristes, ce qui contraste fortement avec les convictions de Sanders en faveur d’un contrôle gouvernemental renforcé des secteurs économiques clés comme la santé et l’énergie. À la fin de février, l’augmentation des chances en faveur de la candidature de Sanders pesait aussi sur les marchés boursiers. La prise en compte de ce risque constituera une marge de sécurité importante pour les actions nord-américaines et contribue à renforcer notre conviction quant à notre surpondération des titres américains.

Perspectives et positionnement : la faiblesse des taux d’intérêt incitera les investisseurs à investir dans des actifs plus risqués.

Nous surveillons de près l’évolution du COVID-19, mais nous pensons toujours que les dommages économiques causés par le virus seront en grande partie temporaires. La récente dégringolade des actions, combinée à la forte baisse des taux d’intérêt (figure 3), nous amène à conserver une surpondération modérée des actions par rapport aux obligations, couverte par une légère surpondération de la duration. Nous nous attendons toujours à ce que les actions américaines surpassent les actions de la région EAEO tout en privilégiant les obligations de sociétés de catégorie investissement plus sûres aux titres de créance plus risqués et à rendement plus élevé. À la lumière de la réaction positive de la Chine pour contenir le virus et de l’entente de « phase 1 », nous avons surpondéré tactiquement les actions des marchés émergents, que nous avons financées en réduisant les actions canadiennes, car nous nous attendons à ce que les marchés émergents affichent un rendement supérieur au cours des prochains mois.

Figure 3 : Taux d’intérêt en course vers le zéro

Le coronavirus gâche la fête - Figure 3 - Taux d’intérêt en course vers le zéro

Sources : Bloomberg, BMO Gestion mondiale d’actifs

Le huard s’est fortement déprécié cette année, mais pour passer sous la barre des 0,72 cent, il faudrait que le virus ait une incidence plus directe sur le Canada, ce qui, selon nous, demeure un faible risque pour le moment. Nous nous attendons à ce que l’élan du secteur de l’habitation s’accélère à l’approche de la saison des achats, au printemps. Par contre, l’effondrement des cours du pétrole ralentira la croissance économique canadienne et pèsera quelque peu sur le huard.

Divulgations

* Le rendement du fonds ZLB pour la période terminée le 28 février 2020 se présente comme suit : 8,87 % (1 an); 8,01 % (3 ans); 7,14 % (5 ans); et 12,83 % depuis la création (le 21 octobre 2011).

* Le rendement du fonds ZCN pour la période terminée le 28 février 2020 se présente comme suit : 4.88 % (1 an); 4,96 % (3 ans); 4,40 % (5 ans); 6,03 % (10 ans); et 6,53 % depuis la création (le 29 mai 2009).

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