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Incidence de la pandémie de COVID-19 sur les enjeux ESG : La production alimentaire

La COVID-19 a eu des répercussions importantes sur la chaîne alimentaire mondiale.
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juillet 2020

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La COVID-19 a eu des répercussions importantes sur la chaîne alimentaire mondiale. Les files d’attente chez les détaillants alimentaires, la pénurie de produits clés et la difficulté de faire ses achats en respectant une distance physique ont touché une grande partie de la population mondiale. Du côté de la production, en particulier dans les usines de transformation de la viande, le manque d’options de distanciation ou d’équipement de protection adéquat contre le virus a rendu beaucoup de travailleurs malades et forcé nombre d’usines à fermer. Pendant ce temps, alors que la chaîne d’approvisionnement commerciale s’arrêtait, nous avons aussi constaté une augmentation du gaspillage alimentaire.

Nous explorons ici les défis alimentaires de la crise de la COVID-19 ainsi que le rôle que joue la mobilisation des investisseurs.

Comment l’approvisionnement alimentaire a-t-il été touché?

Comme c’est le cas de nombreuses autres chaînes d’approvisionnement, les systèmes alimentaires sont complexes et mondiaux, et ils sont actuellement perturbés par une combinaison de facteurs :

  • Perturbation des récoltes : C’est la saison des récoltes dans bien des régions de l’hémisphère nord. En théorie, cela assure la disponibilité de nourriture locale pendant toute la saison. L’agriculture dépend énormément d’une main-d’œuvre bon marché, mais expérimentée et flexible. Les frontières étant fermées, la main-d’œuvre à faible salaire – par exemple de l’Europe centrale et orientale ou de l’Amérique du Sud (aussi en grande partie confiée) pour les voisins plus riches – est devenue rare. Malgré les dérogations rapidement mises en place, comme des programmes particuliers de visa, de nombreux agriculteurs craignent que de grandes parties de leurs récoltes soient gaspillées.

  • Perturbation de la production : La production a été totalement interrompue à divers endroits dans le monde à cause d’éclosions du virus au sein du personnel et de difficultés à mettre en œuvre des mesures de distanciation physique. Les usines de transformation du porc et d’emballage de viande, comme celles des producteurs américains Smithfield et Tyson, en sont des exemples. Pour d’autres, la production peut s’arrêter par manque d’ingrédients – par exemple, un producteur d’aliments du Royaume-Uni avec qui nous avons discuté de sa réaction à la COVID-19 compte sur des épices de l’Inde, qui a maintenant mis fin à toute circulation aérienne.

  • Perturbation du transport et du commerce : Certains ports ne fonctionnent pas comme d’habitude, alors l’expédition peut être retardée ou annulée. Les trains et les camions de marchandises ne peuvent parfois pas traverser les frontières, et certains pays ont suspendu tous les vols afin de limiter la propagation du virus.

  • Restrictions à l’exportation : Même si le transport demeure permis, des restrictions à l’exportation peuvent perturber la livraison. La Turquie, qui fournit des citrons au tiers de la planète, limite leur exportation. La Russie, l’Ukraine et la Roumanie figurent parmi les pays qui ont stoppé les exportations de céréales. Ces restrictions sont toujours l’exception, mais leur effet se ressent quand même. La réduction des exportations de céréales touche les éleveurs de bétail, certains ayant déjà de la difficulté à trouver suffisamment de nourriture pour leurs troupeaux1.
  • Déplacement de la demande des entreprises aux détaillants : Les habitudes alimentaires ont changé du tout au tout, les gens mangeant à la maison plutôt qu’au travail ou au restaurant. La demande alimentaire s’est donc soudainement déplacée du secteur des entreprises à celui des commerces de détail. Les chaînes d’approvisionnement de ces deux secteurs étant fondamentalement différentes sur le plan des quantités, des dimensions, des formats de livraison et d’emballage et des mécanismes de commande, la demande excédentaire des détaillants ne pouvait pas équivaloir à l’offre excédentaire des entreprises, ce qui a entraîné une perte de revenu et du gaspillage alimentaire.

Les conséquences les plus graves d’une incapacité à relever ces défis se feront sentir dans les pays les plus pauvres du monde.
Le Programme alimentaire mondial des Nations Unies signale2 que le nombre de personnes souffrant de la faim par suite de la crise de la COVID-19 pourrait passer de 135 millions à plus de 250 millions et que les pays les moins développés en seraient les plus touchés3. La dimension humaine de cette pandémie va donc au-delà des personnes immédiatement touchées par le virus et menace gravement l’atteinte du deuxième objectif de développement durable, qui consiste à « éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable ». Dans certaines régions agricoles, des sécheresses et des invasions de criquets rendent la situation encore plus complexe.

Notre angle de mobilisation

L’une de nos priorités de mobilisation pour 2020 a trait aux systèmes alimentaires durables. Dans la portée de cette mobilisation axée sur les actions et les titres à revenu fixe se trouvent les détaillants, les négociants et les producteurs d’aliments. La pandémie a accru la pertinence de ce point focal.

Bien que la pandémie dépasse la portée de tout exercice normal de planification d’urgence, elle confirme la nécessité de faire des simulations de crise dans la chaîne d’approvisionnement, d’avoir un plan efficace de continuité des activités et d’établir des relations solides avec ses fournisseurs au lieu de compter sur des tiers. Nous saluons également les mesures prises par certaines entreprises qui ont reconnu les difficultés financières de leurs fournisseurs, par exemple en payant leurs factures plus tôt, sinon rapidement.

La protection des travailleurs sera un élément clé de nos efforts de mobilisation. La chaîne alimentaire est exigeante en main-d’œuvre et se caractérise par des emplois mal rémunérés et souvent difficiles physiquement. Par nos efforts de mobilisation, nous aborderons et approfondirons les défis supplémentaires que la pandémie a posés, comme les difficultés liées à la mise en œuvre de la distanciation physique dans des environnements tels que les usines et les magasins d’alimentation. Nous encouragerons les auteurs de bonnes pratiques – comme les congés de maladie payés – à les rendre permanentes.

Nos autres options de mobilisation visent les institutions financières, que nous pouvons encourager à soutenir les entreprises clientes du secteur de l’alimentation, notamment au moyen de subventions, du report de versements hypothécaires et d’entretiens sur l’allègement de la dette. La mobilisation relative aux prêts à risque élevé pourrait inclure des discussions sur la minimisation des restrictions à l’exportation et au commerce et sur la constitution responsable de réserves.

Responsabilité des investisseurs et conclusion

Assurer la sécurité alimentaire et la continuité des activités est une tâche complexe qui comporte des défis, notamment la protection des travailleurs, le déplacement de la chaîne d’approvisionnement des entreprises vers les détaillants et le soutien financier des agriculteurs et des acteurs connexes du secteur.

La mobilisation des investisseurs n’est qu’une petite partie de la solution, mais vu l’ampleur du problème, il est important de faire ce que nous pouvons. En collaboration avec d’autres investisseurs, nous tentons de mettre en valeur les meilleures pratiques, de les communiquer à plus grande échelle et de presser les entreprises dont les normes sont faibles de s’acquitter de leurs responsabilités au sens plus large.

Les investisseurs ne sont pas seulement des acteurs financiers, mais aussi des acteurs sociaux qui ont une responsabilité sociétale. Pour lutter contre la faim et atteindre l’ODD 2, il faudra que les programmes d’allègement de la dette mis en œuvre par le G20 soient reproduits sur les marchés financiers. Comme le demande le G204, les créanciers du domaine privé doivent étudier les options de suspension des paiements du service de la dette5 pour soustraire certains des pays les plus pauvres à leurs obligations de remboursement immédiat afin qu’ils puissent se concentrer à garantir et à distribuer de la nourriture pour leur population.

Divulgations

1 https://www.bloomberg.com/news/articles/2020-04-10/food-supply-fears-are-growing-as-romania-bans-grain-exports

 

2 Rapport mondial sur les crises alimentaires 2020 (en anglais) :  https://www.wfp.org/publications/2020-global-report-food-crises

 

3 Pays les plus touchés : probablement le Yémen, la République démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Vénézuéla, l’Éthiopie, le Soudan du Sud, le Soudan, la Syrie, le Nigéria et Haïti.

 

4 Le secteur privé devrait participer au plan d’allègement de la dette des pays pauvres (article en anglais), FT, mai 2020 : https://www.ft.com/content/f4de06d4-8af3-11ea-a109-483c62d17528

 

5 Communiqué suivant la réunion des ministres des finances et des gouverneurs de banque centrale du G20, avril 2020 (en anglais)

Le présent document est fourni à titre informatif seulement. L’information qu’il renferme ne constitue pas une source de conseils fiscaux, juridiques ou de placement et ne doit pas être considérée comme telle. Les placements doivent être évalués en fonction des objectifs de chaque investisseur. Il est préférable, en toute circonstance, d’obtenir l’avis de professionnels.