La plus grande menace à une reprise rapide est une deuxième vague du virus

En mai, plusieurs pays ont commencé à assouplir les mesures de confinement dans l’espoir de relancer leur économie. Le discours sur l’état de l’économie s’est nettement déplacé de l’évaluation des dommages causés par les mesures de confinement liées à la COVID-19 vers les questions entourant la vitesse et la vigueur de la reprise après la réouverture. La plus grande menace à une reprise rapide est une deuxième vague de propagation du virus plus tard cette année, laquelle signifierait de nouvelles restrictions. Pourtant, même si le virus est maîtrisé, les investisseurs doivent composer avec un certain nombre de défis sur le plan économique.

Au cours du mois, les tensions entre les États-Unis et la Chine se sont intensifiées. Dans un premier temps, les États-Unis ont resserré la réglementation en ce qui concerne Huawei, accusée d’acquérir des semi-conducteurs qui sont le produit de technologies et de logiciels américains. Moins de deux semaines plus tard, la Chine a proposé une nouvelle loi sur la sécurité nationale à Hong Kong, ce qui a ravivé les manifestations dans la région. La Maison-Blanche a réagi en menaçant d’imposer des sanctions. De plus, une directive a été émise aux gestionnaires des caisses de retraite des employés fédéraux leur indiquant de ne pas investir dans des sociétés chinoises, le litige entre les deux superpuissances passant ainsi des flux commerciaux aux flux de capitaux. Pour le moment, les dommages économiques causés par la reprise des tensions sont limités et, surtout, l’accord commercial de « phase 1 » signé au début de l’année demeure intact. Kristalina Georgieva, directrice générale du FMI, a formulé une mise en garde quant à la possibilité qu’une nouvelle guerre commerciale mine la reprise à un moment crucial où de nombreuses économies cherchent à se relever.

Nous maintenons que le protectionnisme, sous forme de tarifs douaniers ou autre, nuit aux affaires. Ces mesures font augmenter les coûts pour les consommateurs déjà malmenés, provoquent une répartition inégale des ressources et entraînent une diminution des revenus pour les pays grandement tributaires du commerce mondial. L’Australie, par exemple, paie le prix d’avoir réclamé une enquête indépendante sur les origines du coronavirus et ainsi provoqué la colère de Pékin. La Chine a réagi en interdisant les importations de quatre transformateurs de viande et, une semaine plus tard, a imposé à l’Australie des tarifs douaniers de 80 % sur la totalité des importations d’orge. Ces mesures se sont ajoutées à la prévision de la Banque de réserve de l’Australie d’une contraction de 10 % du PIB au deuxième semestre de 2020, plongeant le pays dans sa première récession en plus de 30 ans.

En ce qui concerne le Brexit

La livre sterling a poursuivi son repli et devrait connaître un quatrième mois consécutif de dépréciation par rapport aux grandes monnaies, alors que la date butoir importante de la fin juin approche à grands pas. Les négociations avec l’UE se poursuivent, mais les signes de progrès se font rares. La fin de juin est la date limite pour demander une prolongation de la période de transition du Brexit, et rien n’indique que le Royaume-Uni cherchera à prolonger la transition au-delà de la fin de 2020. Si la période de transition n’est pas prolongée, les négociateurs auront quelques mois pour s’entendre sur un accord commercial, un processus qui prend habituellement des années. Cela dit, nous avons vu lors des négociations précédentes que les discussions pouvaient être repoussées jusqu’à la dernière minute, de sorte que l’on peut s’attendre à un deuxième semestre volatil si la période de transition n’est pas prolongée.

La lutte pour la survie de la zone euro se poursuit et d’importants événements sont survenus au cours du mois. Le 5 mai, la Cour constitutionnelle fédérale allemande a porté un coup au programme d’achats d’actifs du secteur public de la Banque centrale européenne (BCE). La Cour constitutionnelle fédérale allemande a déclaré que la BCE, par l’intermédiaire du programme d’achats d’actifs du secteur public, poursuivait son objectif (inflation inférieure à 2 % ou se rapprochant de ce niveau), mais faisait fi des autres conséquences économiques du programme (comme l’incidence sur l’épargne personnelle, la hausse des prix des actifs et de la dette publique, etc.) et, par conséquent, « ne tient manifestement pas compte du principe de proportionnalité. » Cette décision rappelle aux investisseurs les contraintes juridiques très réelles auxquelles est confrontée la BCE et a forcé les élus à proposer une solution budgétaire à la crise. Une initiative franco-allemande a vu le jour, proposant un fonds de relance de 500 G€ (qui est ensuite passé à 750 G€), composé principalement de subventions et versé aux pays les plus touchés par la crise. Cette initiative constitue le pas le plus important vers l’intégration budgétaire depuis la naissance de l’Union européenne. Cependant, peu de temps après l’annonce, la proposition s’est heurtée à l’opposition des « quatre frugaux ». L’Autriche, les Pays-Bas, le Danemark et la Suède s’opposent à la distribution de subventions et proposent un ensemble de prêts. Ultimement, le programme ne peut être mis en œuvre qu’avec l’accord unanime des 27 membres de l’Union européenne. Nous surveillons les nouvelles de Bruxelles, car les dirigeants de l’Union européenne commencent à débattre des propositions cette semaine.

L’importance des dépenses de consommation

Un autre pilier nécessaire à une reprise forte est un rebond de la consommation des ménages. Il est intéressant de noter que nombre d’observateurs prévoient une hausse des taux d’épargne privée dans les pays développés, car les revenus ont été largement préservés, alors que les dépenses ont connu un effondrement beaucoup plus important. Dans ses dernières prévisions du printemps, la Commission européenne prévoit que les ménages européens économiseront cette année un montant record de 19 % de leur revenu. Oxford Economics prévoit qu’aux États-Unis, où le ratio d’épargne des ménages est inférieur à 10 % depuis 30 ans, ce taux atteindra presque 15 %. La Banque d’Angleterre a également constaté une hausse des dépôts bancaires au Royaume-Uni en mars. On ne sait pas exactement dans quelle mesure il s’agit d’une « épargne forcée » en raison de la diminution des possibilités de dépenses pendant le confinement ou d’une épargne préventive par crainte des problèmes à venir. Pour les trois économies citées, la consommation des ménages constitue la plus grande composante du PIB (52 % dans l’Union européenne, 68 % aux États-Unis et 63 % au Royaume-Uni). Ces gouvernements espèrent que la hausse de l’épargne ne constituera pas une tendance à long terme.

Les données sur les ventes au détail en avril illustrent les dommages immédiats découlant de l’effondrement de la consommation des ménages. Aux États-Unis, les ventes ont reculé de 16,4 %, soit près du double du chiffre du mois précédent. Au Royaume-Uni, les ventes ont chuté de 18,4 %, au Canada, de 10 % et dans la zone euro, de 11,2 %. Ces économies peuvent tirer un certain soulagement de l’expérience de réouverture de la Chine, où les ventes au détail n’ont chuté que de 7,5 %, comparativement à 15,8 % le mois précédent. Ces données correspondent à une baisse record des prix de détail, car une grande partie du monde développé lutte contre la déflation. L’inflation de base aux États-Unis, qui exclut les prix des aliments et de l’énergie, a reculé de 0,4 %, le repli le plus important sur un mois depuis le début de la collecte des données en 1957. La variation mensuelle de l’IPC total a été de -0,8 % pour les États-Unis, de -0,4 % pour la Suisse, de -0,2 % pour le Royaume-Uni, de 0,3 % pour la zone euro et de -0,7 % pour le Canada.

Dans ce contexte économique, les marchés demeurent tiraillés entre les programmes de soutien gouvernementaux et les préoccupations liées à une hausse des cas de coronavirus découlant de l’assouplissement des mesures de confinement dans de nombreux pays. Le marché évalue également les 6 000 G$ de mesures de relance par rapport à la possibilité d’une détérioration importante des bénéfices, certains prévisionnistes s’attendant à une contraction de 50 % cette année.

Notre analyse

Néanmoins, les fluctuations du marché au cours du mois reflètent le point de vue selon lequel la croissance des bénéfices se redressera au cours de 2021, malgré l’incertitude persistante quant à la durée d’une reprise et à l’incidence des emprunts gouvernementaux sans précédent. Comme nous l’avons déjà dit, des plans de sauvetage aussi rapides et importants étaient nécessaires, mais ils ont un prix. Une dette plus élevée et une situation démographique difficile donnent à penser que la croissance mondiale restera modérée pendant de nombreuses années. De plus, dans les économies qui ont assoupli les mesures de confinement, l’activité des entreprises s’est améliorée, mais elle est demeurée timide et loin des niveaux antérieurs. Le comportement des consommateurs est, à juste titre, prudent en ce qui concerne l’augmentation des dépenses discrétionnaires, compte tenu du risque important d’excédent de personnel dans les secteurs les plus touchés par les mesures de confinement. Les consommateurs resteront prudents lorsqu’ils auront le choix de retourner dans les bars, les restaurants, les salles de cinéma, etc., et les programmes de mises à pied temporaires ne seront pas indéfinis. Les dépenses discrétionnaires seront touchées par la perspective réelle d’une hausse supplémentaire du chômage à mesure que les programmes de mises à pied temporaires seront réduits.

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