L’avenir incertain du charbon

Avec le nombre croissant de gouvernements qui ont décidé de cheminer vers un objectif de carboneutralité, l’avenir du charbon est remis en question.
Février 2021
Vicki Bakhshi

Vicki Bakhshi

directrice principale, chef de la gouvernance et de l’investissement durable à BMO Gestion mondiale d’actifs (EMOA)
Derek Ip

Derek Ip

Vice President, Analyst, Responsible Investment

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  • Avec le nombre croissant de gouvernements qui ont décidé de cheminer vers un objectif de carboneutralité, l’avenir du charbon est remis en question. On estime que la consommation de charbon devrait baisser de 60 % d’ici à 2030 si l’on veut atteindre l’objectif d’un avenir où les émissions nettes seraient portées à zéro.

  • Nous avons noué un dialogue avec des sociétés d’extraction de charbon et des entreprises de services d’électricité pour les inciter à réagir de manière proactive à la transition.

  • Dans le secteur minier, nous avons constaté des différences importantes entre les sociétés minières diversifiées, qui délaissent le charbon à des vitesses variables, et les sociétés minières spécialisées dans l’extraction de charbon, qui n’ont pas encore adopté de stratégies convaincantes.

  • Dans le secteur des services d’électricité, une transition vers des sources d’énergie plus propres est déjà en cours, mais le rythme des changements est beaucoup plus rapide dans certains pays que dans d’autres.

Aperçu

Avec les négociations sur le climat prévues dans le cadre de la COP26, déjà repoussée à 2021, qui auront lieu dans moins d’un an, les gouvernements mettent de plus en plus le cap vers un objectif de carboneutralité d’ici le milieu du siècle. Tout comme le Canada, l’Europe vise à porter à zéro ses émissions nettes d’ici à 20501. En Asie, la Corée du Sud et le Japon en ont fait de même et la Chine ambitionne d’y parvenir d’ici à 2060. Le président des États-Unis, Joe Biden, a clairement fait part de son intention de ramener les États-Unis dans l’Accord de Paris et de fixer un objectif de carboneutralité. Entre-temps, plusieurs des plus grandes sociétés de la planète se sont fixé des objectifs équivalents.

Une question existentielle se pose quant à l’avenir du charbon, le combustible fossile qui émet le plus de gaz à effet de serre. Bien que le charbon soit toujours utilisé pour produire plus du tiers de l’électricité de la planète, la dernière analyse de Bloomberg New Energy Finance laisse entendre que sa demande a atteint un sommet en 2018. Dans un scénario où les émissions nettes seraient portées à zéro d’ici à 2050, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit que la demande de charbon chuterait de 60 % de 2019 à 20302. L’Alliance : Énergiser au-delà du charbon, qui a été mise sur pied par les gouvernements du Royaume-Uni et du Canada, prône l’élimination progressive du charbon servant à produire de l’électricité d’ici à 2030 dans les marchés développés et 2050 dans les économies émergentes.

Devant la perspective d’un effondrement du marché du charbon, nous avons cherché à encourager les sociétés qui sont présentes dans le secteur du charbon à être proactives pour gérer la transition et éviter qu’elles se retrouvent avec des actifs délaissés.

Demande de charbon en 2030 par rapport au niveau actuel dans tous les scénarios envisagés par l’AIE

Demande de charbon en 2030 par rapport au niveau actuel dans tous les scénarios envisagés par l’AIE

Source : World Energy Outlook 2020, Agence internationale de l’énergie. Tous droits réservés par l’Agence. Tableau reproduit par BMO Gestion mondiale d’actifs.

L’approche que nous préconisons dans nos interactions

Depuis déjà un certain nombre d’années, nous avons des interactions individuelles avec des entreprises pour les interpeller sur les risques liés au charbon. En 2020, nous avons adopté une approche plus systématique en nous intéressant autant aux fournisseurs (les sociétés minières) qu’aux utilisateurs (les entreprises de services d’électricité) dans les pays que nous considérons comme essentiels pour la transition :

15 pays représentent 90 % de la capacité mondiale de production de charbon en cours de développement3.

En 2020, nous nous sommes concentrés sur le charbon thermique extrait et utilisé pour produire de l’électricité, mais nous avons aussi trouvé le moyen d’interagir avec des sociétés qui extraient du charbon métallurgique, principalement utilisé dans la production de fer et d’acier. Dans ce contexte, nous avons surtout cherché à interagir avec les entreprises suivantes :

  • Les sociétés minières multinationales qui influencent l’offre mondiale
  • Les sociétés établies en Chine, le plus grand producteur et consommateur de charbon de
  • Les sociétés établies aux États-Unis, où nous avons jugé que nous pourrions aider à faire avancer les choses

Nous avons aussi eu des interactions avec certaines entreprises ailleurs en Asie, où nous croyons que les risques sont les plus importants, ainsi que plusieurs entreprises de production d’électricité européennes, notamment dans le cadre de l’initiative Climate Action 100+.

Nous sommes d’avis que les entreprises de services d’électricité européennes sont déjà fortement mobilisées et que le système d’élaboration des politiques nécessaires est assez bien développé en Europe par rapport à ce que l’on constate dans de nombreux autres marchés. Nous avons donc décidé de ne pas cibler principalement cette région.

Quote icon
Le monde est confronté à une crise climatique.
Attendre que les gouvernements passent à l’action
ne suffit pas – les investisseurs et les sociétés
doivent prendre des mesures audacieuses et ambitieuses.

Vicki Bakhshi, directrice générale, Investissement responsable

Interactions avec des sociétés d’extraction de charbon en 2020

Le secteur de l’extraction du charbon n’est généralement pas intégré verticalement, ce qui signifie que les sociétés qui extraient le charbon ont peu de contrôle sur les émissions qui résultent de sa combustion. Les entreprises du secteur, en particulier les sociétés spécialisées dans l’extraction de charbon, sont donc assez mal outillées pour composer avec le déclin de la demande (voir le graphique ci-dessous) au fur et à mesure que l’électricité et d’autres options viennent jouer un plus grand rôle dans le système énergétique.

Les sociétés minières diversifiées pourraient tirer avantage de l’augmentation à long terme de la demande d’autres métaux et minéraux, mais leurs parcours de transition énergétique ne sont pas simples.

À cause de la concurrence qui prévaut sur les marchés des produits de base, les sociétés sont confrontées à des décisions difficiles pour déterminer à quel moment elles pourraient s’éloigner davantage du charbon pour diversifier leurs activités. Certaines fondent leurs espoirs sur les technologies qui permettent de produire du « charbon propre », en particulier le captage et le stockage de carbone (CSC). Or, le CSC fait face à d’importants obstacles économiques et d’acceptabilité sociale, et aucune des entreprises de services d’électricité avec lesquelles nous avons eu des interactions n’envisage sérieusement d’investir dans cette technologie.

En 2020, nous avons eu des interactions avec trois sociétés minières diversifiées qui extraient du charbon et trois sociétés minières spécialisées dans l’extraction de charbon. Les sociétés minières diversifiées sont naturellement plus ouvertes à nos interventions, puisque le charbon n’est pas le seul secteur qui favorise leur croissance. Il convient de noter qu’aucune des trois sociétés minières diversifiées n’envisage de hausse de la demande de charbon thermique en vertu des scénarios de lutte contre les changements climatiques les plus ambitieux (souvent désignés comme étant compatibles avec une augmentation de 1,5 ou 2 degrés) dans leurs déclarations publiques actuelles4, 5, 6.

Les trois sociétés minières diversifiées se sont engagées à éliminer graduellement le charbon, mais leurs stratégies pour y parvenir sont très différentes. BHP et Anglo American ont dit avoir l’intention de vendre leurs actifs liés au charbon thermique au cours des prochaines années7, 8, alors que Glencore a décidé de les utiliser jusqu’à la fin de leur durée de vie utile9. Bien que l’approche de Glencore semble plus molle sur le plan individuel, le parcours de désinvestissement dans les combustibles fossiles choisi par BHP, Anglo et d’autres sociétés pourrait en réalité faire peu de différence au chapitre de l’obtention de réductions réelles, car les actifs qui seront vendus pourraient continuer à être exploités pendant de nombreuses années. Quelle que soit l’approche qu’adoptent les sociétés, nous croyons que tous ces engagements envoient déjà un signal fort au marché sur l’avenir possible de l’approvisionnement en charbon thermique.

Nous continuons par ailleurs à intervenir auprès de toutes ces sociétés minières afin d’assurer une transition équitable pour les collectivités locales qui abandonneront le charbon thermique.

À l’inverse, nos interactions avec les sociétés minières spécialisées dans l’extraction de charbon nous ont permis de constater qu’essentiellement, elles ne font que commencer à aborder les changements climatiques en tant qu’enjeu commercial important. Nos interactions avec Shenhua Energy, la plus grande société d’extraction de charbon en Chine, ont été prioritaires pour nous, et nous cherchons présentement à savoir comment la société répondra à l’objectif de carboneutralité d’ici à 2060 que s’est fixé la Chine.

L’australienne Whitehaven Coal a répondu à la demande des investisseurs en publiant sa position sur la transition vers une énergie à faibles émissions de carbone et sa résilience à cet égard10. Par contre, son évaluation de la demande future reposait largement sur le scénario « politiques affichées » des 4 degrés de l’AIE11, sous-estimant selon nous les risques découlant de la décarbonisation dans ses principaux marchés asiatiques. À l’avenir, nous prévoyons intensifier nos interactions avec ces deux entreprises ainsi qu’avec la société minière indienne Coal India, laquelle semble peu souvent disposée à réagir.

BHP – Interagir avec les clients tout en vendant les actifs liés au charbon thermique

Nous avons eu plus de 10 interactions avec BHP dans la foulée de l’adoption de sa nouvelle stratégie de lutte contre les changements climatiques, annoncée en septembre. En plus d’avoir l,intention de se départir de ses actifs liés au charbon thermique ou de les céder, BHP s’est engagée à porter à zéro ses émissions opérationnelles nettes d’ici à 2050 en investissant, entre autres, dans l’électrification de flottes de véhicules, l’hydrogène vert et les crédits de carbone. D’autres volets clés de sa stratégie consisteront à interagir avec les clients et à jouer un rôle dans les avancées technologiques qui auront lieu en aval, particulièrement pour son charbon métallurgique, un composant clé dans la production d’acier.

En tant que codirigeants des interactions dans le cadre de l’initiative Climate Action 100+ pour l’organisation, nous avons aussi fait des démarches intensives auprès de l’équipe de direction pour l’inciter à arrimer les activités de lobbying de BHP liées au climat et à l’énergie à l’Accord de Paris. En 2020, la société a annoncé qu’elle adoptait un nouveau cadre de gouvernance pour le lobbying climatique et suspendu son adhésion à certaines associations sectorielles qui n’adhèrent pas à l’esprit de sa nouvelle politique. Nous avons publié une déclaration commune avec la société avant la présentation de ses résultats annuels pour saluer son approche à l’avant-garde du secteur.

Shenhua – Comment la société répondra-t-elle à l’objectif de carboneutralité en 2060 que s’est fixé la Chine?

SShenhua est la plus grande société d’extraction de charbon en Chine. Elle génère (à partir de la combustion du charbon qu’elle produit) des émissions du champ d’application 3 estimées à bien au-delà de 600 millions de tonnes métriques12, ce qui représente près du double de toutes les émissions générées par l’économie du Royaume-Uni. Depuis le début de 2019, nous avons eu 14 interactions avec la société, à la fois dans le cadre de discussions individuelles et comme codirigeants de l’initiative Climate Action 100+. Nous avons notamment eu une réunion en personne à Beijing en 2019 ainsi qu’une réunion récente avec son comité ESG.

Au départ, la société était réfractaire aux discussions sur la transition énergétique, mais le dialogue est devenu beaucoup plus productif en 2020. L’objectif de carboneutralité en 2060 annoncé par la Chine est un développement majeur pour cette société d’État. Si sa réponse à l’objectif du gouvernement s’avère insuffisante, nous croyons qu’il y a un risque réel que des actifs soient délaissés. Non seulement nous avons vu les énergies renouvelables occuper une plus grande part de marché dans la production d’électricité en Chine, mais surtout, le gouvernement a pressé Shenhua de se concentrer sur l’extraction de charbon dans les dernières années. L’abandon subséquent de la moitié de sa capacité de production d’électricité en 2019 a obligé Shenhua à compter davantage sur la vente de charbon à des entreprises de production d’électricité externes (cela représente désormais 87 % du charbon que la société vend13) et moins sur l’autoproduction en 2020. Ce repositionnement limite la capacité de la société à tirer profit des possibilités de transition en aval. À moins que des progrès importants ne soient réalisés dans l’adoption des technologies de CSC, Shenhua pourrait être confrontée à un déclin du marché.

Aperçu de nos interactions – Sociétés d’extraction de charbon

Le tableau ci-dessous donne un aperçu de nos interactions avec les sociétés d’extraction de charbon

Sociétés d’extraction de charbon approchées
Pays
Type d’interactions
Réceptivité
Measure de gestion TPI 14
Objectif climatique pour 2050
Engagement à éliminer graduellement le charbon
Anglo American
Royaume-Uni
CA100+ et individuelles
Bonne
Niveau 4
Carboneutralité à l’échelle des activités avant 2040
A indiqué qu’elle délaissera le charbon thermique d’ici 5 ans15
BHP
Australie
CA100+ et individuelles
Bonne
Niveau 4
Émissions opérationnelles nettes portées à zéro d’ici à 2050
A indiqué qu’elle abandonnera le charbon thermique d’ici 2 ans16
Glencore plc
Suisse
CA100+ et individuelles
Bonne
Niveau 4
Réduction prévue de 30 % d’ici à 2035
A indiqué qu’elle fermera ses mines de charbon thermique d’ici à la fin de leur vie utile17
China Shenhua Energy
Chine
CA100+ et individuelles
Acceptable
Niveau 2
Non
Non
NonWhitehaven Coal
Australie
Individuelles
Niveau 2
Acceptable
Non
Non
Coal India
Inde
Individuelles
Faible
Niveau 1
Non
Non

Interactions avec les entreprises de services d’électricité en 2020

Les perspectives économiques associées à l’énergie renouvelable étant de plus en plus favorables, les entreprises de services d’électricité ont plus de possibilités de diversifier leurs activités en délaissant le charbon que les sociétés d’extraction de charbon. Le secteur doit malgré tout faire face à des défis complexes, particulièrement en raison de la nature fortement réglementée des marchés de l’électricité et de la nécessité de contrôler les émissions tout en offrant des services fiables et abordables.

1. Politique et réglementation gouvernementales

Une caractéristique importante du secteur des services d’électricité est la nature fortement réglementée du marché de l’électricité. À l’échelle locale ou nationale, les gouvernements et les organismes de réglementation établissent des lignes directrices qui visent à assurer un équilibre entre les considérations environnementales liées aux changements climatiques et à la pollution atmosphérique locale, les enjeux sociaux liés à l’accès et à l’abordabilité des tarifs et les questions de sécurité énergétique. Dans certains marchés, les services d’électricité appartiennent encore à l’État ou sont contrôlés par l’État. Aux États-Unis, il y a un contexte réglementaire complexe à l’échelle des États qui fait en sorte que certaines entreprises de services d’électricité évoluent dans un marché concurrentiel, alors que d’autres ont des taux de rentabilité autorisés fixés par les organismes de réglementation des États. De par la nature de leurs activités, toutes ces entreprises entretiennent des relations intensives avec les organismes de réglementation auxquels elles sont assujetties.

Dans nos interactions, nous avons demandé aux entreprises quelles étaient leurs relations avec les gouvernements et les organismes de réglementation, et nous avons obtenu un large éventail de réponses.

  • Certaines d’entre elles « subissent » les politiques. Elles vérifient le contexte réglementaire en vigueur, puis établissent leurs politiques en conséquence et s’opposent aux changements.
  • D’autres sont des acteurs, c’est-à-dire qu’elles adoptent des politiques qui sont plus ambitieuses que la réglementation ne l’exige et qu’elles cherchent à influencer le discours politique dans le sens de ces ambitions.
  • Dans nos interactions avec elles, TEPCO et Chubu, au Japon, ainsi que KEPCO, en Corée du Sud, ont toutes insisté sur le fait que leur approche était conforme aux objectifs des politiques nationales. Dans les deux cas, ces objectifs nationaux ont été resserrés ultérieurement, ce qui a obligé les entreprises à faire du rattrapage.

Une approche plus proactive : National Grid

National Grid a publié une analyse détaillée de la façon dont les infrastructures d’électricité du Royaume-Uni doivent évoluer pour atteindre l’objectif de carboneutralité fixé par le pays. En 2020, il y a eu un désaccord entre National Grid et Ofgem, l’organisme de réglementation auquel la société est assujettie, au sujet du montant des investissements que National Grid est autorisée à effectuer et que l’opérateur du réseau prétend être insuffisant pour faire la transition énergétique.

Avec d’autres investisseurs, nous avons écrit à Ofgem pour souligner l’importance de veiller à ce que les taux de rentabilité autorisés tiennent compte des coûts liés à l’atteinte de l’objectif de carboneutralité dans le futur. Ce problème n’est pas propre au Royaume-Uni. L’Agence internationale de l’énergie estime que les investissements dans les réseaux d’électricité devront s’élever à plus de 800 milliards de dollars d’ici à 2030, une forte hausse par rapport aux 270 milliards de dollars de 201918.

Le chemin difficile du Japon vers la décarbonisation de l’électricité

En 2019, nous avons jugé qu’il était prioritaire pour nous d’interagir avec les entreprises de services d’électricité japonaises TEPCO et Chubu lorsque celles-ci ont formé une coentreprise nommée JERA pour prendre le contrôle de leurs actifs de production d’électricité au pays, y compris des centrales au charbon existantes et d’autres qui doivent venir s’ajouter. Nous étions préoccupés par le fait que cette dépendance au charbon ne cadre pas avec l’esprit de l’Accord de Paris.

Dans nos interactions avec elles en 2019, les deux entreprises avaient souligné que leurs stratégies s’harmonisaient avec les objectifs du gouvernement japonais, qui visait à ce moment-là une réduction de 80 % des émissions d’ici à 2050. Elles nous avaient aussi fait part de leurs inquiétudes quant aux limites auxquelles est confronté le Japon pour la décarbonisation de l’énergie, notamment avec la fermeture temporaire ou permanente d’une bonne partie de la capacité nucléaire du pays après la catastrophe de Fukushima. Tout en disant être conscients de ces difficultés, nous nous sommes inscrits en faux contre ce raisonnement et avons souligné que les plans futurs devaient être soumis à des simulations en fonction de différents scénarios climatiques, et non seulement de celui fondé sur les politiques actuelles.

Nous avons poursuivi nos interactions avec TEPCO en nous réunissant de nouveau avec l’entreprise et en lui donnant notre avis sur sa stratégie pour 2020. L’entreprise a souligné que la décarbonisation des actifs de JERA était désormais une question qui relevait du conseil d’administration de la coentreprise. L’éloignement apparent des instances décisionnelles de JERA était une préoccupation et pourrait restreindre la reddition de comptes aux actionnaires. Des progrès ont toutefois été accomplis en octobre lorsque JERA a annoncé son objectif de carboneutralité d’ici à 2050, peu avant que le gouvernement japonais prenne le même engagement, ainsi que la fermeture de centrales au charbon moins efficaces (supercritiques ou moins) d’ici à 2030.

2. Technologie

Un deuxième obstacle courant mentionné par les entreprises de services d’électricité était la disponibilité de technologies alternatives aux combustibles fossiles. Le coût des énergies éolienne et solaire a dégringolé dans les dernières années, et sur une base autonome, ces énergies sont de plus en plus concurrentielles par rapport aux combustibles fossiles. Cependant, les conditions locales sont très variables en raison de facteurs tels que la disponibilité des terres et le climat local, et l’intermittence et la stabilité des réseaux restent des préoccupations majeures.

Nos interactions avec des entreprises de services d’électricité américaines ont mis en évidence la façon dont elles sont confrontées à ces problèmes. La société Vistra Corp, l’un des plus grands émetteurs de gaz à effet de serre du pays dans le secteur, était d’abord réticente à adopter un objectif de carboneutralité. Elle se demandait s’il était possible d’y parvenir d’un point de vue technologique.

Lorsque nous avons demandé au chef de la direction de l’entreprise quel était, selon lui, le principal obstacle à la décarbonisation de l’électricité, il a mentionné qu’il était urgent de trouver une façon abordable de stocker des batteries d’une durée de plusieurs heures pour pouvoir aplanir les pics et les creux de la production d’énergie renouvelable. Toutefois, l’entreprise a par la suite adopté un objectif de carboneutralité comparable à celui de ses pairs américains grâce à une stratégie de mise en oeuvre comprenant des investissements dans les énergies renouvelables et le stockage de batteries. Duke Energy a été la première grande entreprise de services d’électricité américaine à publier une analyse de scénarios climatiques. Son dernier rapport indique toujours que des technologies carboneutres non précisées représenteront une part importante de la production future dans ses scénarios illustratifs de 2050, puisqu’elle ne sait pas encore quelles technologies pourraient être disponibles pour équilibrer l’énergie renouvelable.

Les entreprises proactives participent aux futurs développements technologiques plutôt que d’attendre qu’ils émergent. Un bon exemple aux États-Unis est AES Corp, la première entreprise de services d’électricité américaine à appuyer le GIFCC et avec qui nous avons eu des interactions en 2018. Elle a formé avec Siemens une coentreprise qui se concentre sur la mise au point de systèmes de stockage d’énergie.

Les progrès sur le marché chinois sont beaucoup plus limités. Bien que la Chine soit le pays qui investit le plus dans des technologies d’énergie renouvelable à l’échelle de la planète, la plupart de ses entreprises de services d’électricité ont été réticentes à adopter des objectifs à long terme ou des plans d’élimination graduelle du charbon. Nous croyons que l’incertitude qui planait auparavant sur le plan des politiques était la raison principale de ce manque d’engagements à long terme, étant donné que bon nombre de ces entreprises sont des sociétés d’État. Le nouvel objectif national devrait permettre de réaliser des progrès. En revanche, l’entreprise de Hong Kong CLP Holdings s’est engagée à cesser tout nouvel investissement dans le charbon et à éliminer progressivement les centrales au charbon d’ici à 2050.

Quote icon
… Il pourrait être utile pour Ofgem d’examiner
attentivement la pertinence des plans de transition
à la carboneutralité des entreprises de services
d’électricité du Royaume-Uni dans le cadre de ces
discussions.
… Cette approche devrait faciliter le processus de
négociation d’un taux de rentabilité équitable qui
tient compte du coût des investissements
nécessaires pour pouvoir atteindre les objectifs de
carboneutralité fixés par le Royaume-Uni.

Déclaration des investisseurs sur les décisions non finales RIIO-2, novembre 2020

Répercussions sociales

Comme nous l’avons fait auprès des sociétés d’extraction de charbon, nous avons demandé aux entreprises de services d’électricité comment elles allaient gérer les répercussions de l’élimination graduelle du charbon pour leurs employés et les collectivités locales. Certaines, par exemple Drax, ont décidé de maintenir leurs usines existantes ouvertes en leur faisant faire la conversion à des combustibles moins polluants. Drax utilise de la biomasse provenant de déchets de production de papier et d’autres sources. JERA, la coentreprise de TEPCO et de Chubu, a récemment annoncé son intention d’utiliser de l’ammoniac, conjointement avec du charbon au début, à titre de combustible pour ses centrales thermiques d’ici à 2030. Comme nous l’avons indiqué dans nos Perspectives plus tôt cette année, de telles approches peuvent fonctionner, mais il faut faire preuve d’une grande prudence, car il y a toujours un risque qu’elles aient des conséquences inattendues.

D’autres entreprises fermeront carrément leurs usines. Dans ces cas, nous avons demandé que l’on aide les travailleurs à se recycler et à trouver un nouvel emploi et que les collectivités facilitent la transition.

Aperçu de nos interactions – Entreprises de services d’électricité

Le tableau ci-dessous donne un aperçu de nos interactions avec les entreprises de services d’électricité.

Entreprises de services d’électricité approchées
Pays
Type d’interactions
Réceptivité
Measure de gestion TPI 19
Objectif de réduction des émissions pour 2050
Engagement à
éliminer
graduellement le
charbon
Duke Energy
États-Unis
CA100+
Bonne
Niveau 3
Émissions nettes à zéro
Non
Vistra Corporation
États-Unis
CA100+
Bonne
Niveau 2
Émissions nettes à zéro
Non
Dominion Energy
États-Unis
CA100+
Bonne
Niveau 4
Émissions nettes à zéro
Non
Korea Electric Power Corp
Corée du Sud
CA100+
Acceptable
Niveau 3
Non
Non
Tokyo Electric Power
Japon
Individuelles
Acceptable
Niveau 4
Coentreprise seulement20
Non
Chubu Electric Power
Japon
Individuelles
Acceptable
Niveau 3
Coentreprise seulement
Non
CLP HOLDINGS LIMITED
Région administrative spéciale de Hong Kong
Individuelles
Bonne
Niveau 4
Réduction de 80 % par rapport aux niveaux de 2007
Oui, d’ici à 2050
Huadian Power International Corporation Limited
Chine
Individuelles
Acceptable
Non évalué
Non
Non
China Power International Development Limited
Chine
Individuelles
Faible
Non évalué
Non
Non
China Resources Power Holdings Company Limited
Chine
Individuelles
Faible
Niveau 1
Non
Non
Datang International Power Generation
Chine
Individuelles
Faible
Non évalué
Non
Non
Huaneng Power International
Chine
Individuelles
Faible
Non évalué
Non
Non
Quote icon
À BMO, nous considérons la mobilisation non
seulement comme un outil permettant de repérer
et de gérer les risques, mais aussi comme un
moyen d’avoir un impact positif sur
l’environnement et la société.

Kristi Mitchem, chef de la direction, BMO Gestion mondiale d’actifs

Prochaines étapes

L’année 2021 sera cruciale pour la question des changements climatiques, et nous comptons intensifier nos interactions en faveur de l’élimination graduelle du charbon. Nous chercherons à faire un suivi auprès des entreprises qui ont annoncé des objectifs pour 2050 afin de les inciter à les mettre en oeuvre, notamment à fixer une date ferme pour l’élimination graduelle du charbon. Nous continuerons à nous concentrer sur la Chine et les États-Unis, où les changements récents et à venir au chapitre des politiques obligeront les entreprises retardataires à réagir de toute urgence. Nous chercherons aussi à mobiliser les entreprises qui traînent de la patte dans des marchés plus difficiles, notamment l’Inde.

Avis

1 S’applique au Royaume-Uni et à tous les pays de l’UE, à l’exception de la Pologne.

2 World Energy Outlook (2020) de l’Agence internationale de l’énergie, page 123.

3 Carbon Brief (2019)

4Glencore (2017)

5 BHP (2020)

6 Anglo American (2018)

7 Bloomberg (2020)

8 Financial Times (2020)

9 Financial Times (2020)

10 Whitehaven (2020)

11 Le scénario des politiques énoncées (« Stated Policies Scenario ») est fondé sur les cadres stratégiques et les intentions réglementaires existants, y compris les contributions déterminées au niveau national aux termes de l’Accord de Paris. AIE (2020), World Energy Model, AIE, Paris

12 Msci esg

13 Rapport annuel (2020) de Shenhua

14 Une note allant du niveau 0 (la pire) au niveau 4 (la meilleure) est décernée.

15 Bloomberg (2020)

16 Financial Times (2020)

17 Financial Times (2020)

18 World Energy Outlook 2020, Agence internationale de l’énergie

19 Une note allant du niveau 0 (la pire) au niveau 4 (la meilleure) est décernée.

20 JERA, la coentreprise de production d’électricité de TEPCO et de Chubu, a adopté un objectif de carboneutralité pour 2050.

* https://www.frc.org.uk/getattachment/5aae591d-d9d3-4cf4-814a-d14e156a1d87/Stewardship Code_Final2.pdf, p. 4. L’Investment Association peut en tout temps déterminer qu’elle ne se conforme plus à la définition du FRC.

Les points de vue et opinions sont ceux de BMO Gestion mondiale d’actifs et ne doivent pas être considérés comme des recommandations ou des sollicitations d’achat ou de vente des sociétés éventuellement mentionnées.

Les renseignements, opinions, estimations et prévisions qui figurent dans le présent document sont tirés de sources considérées comme fiables et peuvent changer à tout moment.

BMO Gestion mondiale d’actifs, 2020. Les promotions financières sont publiées aux fins de marketing et d’information au Royaume-Uni par BMO Asset Management Limited, laquelle est autorisée et réglementée par la Financial Conduct Authority; dans les pays de l’Union européenne, par BMO Asset Management Netherlands B.V., laquelle est réglementée par la Dutch Authority for the Financial Markets (AFM); et par BMO Global Asset Management (Swiss) GmbH, qui agit en tant que bureau de représentation de BMO Asset Management Limited en Suisse, laquelle est réglementée par l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers suisses (FINMA). Les appels téléphoniques peuvent être enregistrés.

1113093_G20-2772 (11/20). Ce document peut être utilisé dans les pays suivants : AT, BE, DK, FI, FR, DE, IE, IT, LU, NL, NO, PT, ES, SE, CH, UK.

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