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Le conflit entre l’Ukraine et la Russie du point de vue des investisseurs responsables

En tant qu’investisseurs responsables à long terme, nous exprimons nos préoccupations à l’égard des répercussions humaines de la guerre en Ukraine et des conséquences potentielles mondiales à plus long terme.
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mars 2022
Nalini Feuilloley

Nalini Feuilloley

directrice générale de l’équipe Investissement responsable

Rosa van den Beemt

Rosa van den Beemt

vice-présidente, Responsabilité de gérance

ESG

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  • En tant qu’investisseurs responsables à long terme, nous exprimons nos préoccupations à l’égard des répercussions humaines de la guerre en Ukraine et des conséquences potentielles mondiales à plus long terme. Nous couvrons les implications environnementales, sociales et de gouvernance (ESG), y compris les incidences sur la transition énergétique, les chaînes d’approvisionnement mondiales et les droits de la personne.
  • Les investisseurs responsables plaident depuis longtemps en faveur de l’adoption, à l’échelle du marché, de politiques visant à atténuer les risques ESG importants dans les situations de conflit; en fait, les réactions récentes des principaux acteurs donnent de l’espoir.
  • Alors que la hausse des prix de l’énergie entraîne un risque d’inflation supplémentaire, la diminution de la dépendance à l’énergie russe peut servir de catalyseur afin d’accélérer l’échéancier de l’énergie propre en Europe.
  • Nous soulignons la nécessité pour les entreprises de cartographier leurs chaînes d’approvisionnement et leurs répercussions négatives sur les droits de la personne, conformément aux Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations Unies. Nous signalons des risques accrus pour les médias, les technologies de l’information (TI) et les entreprises de télécommunications en raison de la propagation des rumeurs et de la désinformation.

L’invasion actuelle de l’Ukraine par la Russie aura des répercussions profondes sur d’innombrables vies, nous faisant reculer sur les progrès réalisés sur de nombreux fronts du développement durable, y compris les droits de la personne, la migration forcée, les inégalités sociétales et l’urgence d’accorder la priorité à la crise climatique. Bien que les risques géopolitiques et macroéconomiques croissants soient souvent pris en compte et abordés par les médias qui couvrent le conflit, nous souhaitons ici approfondir les enjeux ESG qui pourraient avoir une incidence sur les résultats des investisseurs à long terme.

L’acronyme VUCA semble être approprié pour évoquer cette situation particulière; il décrit la volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté de certaines conditions. VUCA a été mis en place à la fin de la guerre froide pour décrire la nature multilatérale du monde résultant de ce conflit et il est déconcertant de l’appliquer à l’invasion russe de l’Ukraine aujourd’hui. Alors que les marchés sont en difficulté depuis le début de l’année, il est fort probable qu’ils demeurent volatils jusqu’à ce que le conflit se stabilise. Même si l’histoire témoigne que l’incidence globale sur les marchés financiers mondiaux peut être limitée en raison de la taille de l’économie russe, il est important d’analyser les risques ESG sous-jacents qui préoccupent le plus les investisseurs.

Les investisseurs responsables prônent depuis longtemps l’adoption, à l’échelle du marché, de certaines politiques qui atténuent les risques ESG importants dans ces situations. Nous commençons à voir des lueurs d’espoir, compte tenu de la réaction récente des acteurs principaux au conflit entre l’Ukraine et la Russie. Par exemple, l’indice MSCI et l’indice du Financial Times Stock Exchange (FTSE) viennent d’annoncer qu’ils excluent plusieurs composantes russes de leurs indices largement suivis. Cela permettra aux investisseurs liés à certaines stratégies de placement passif de protéger leurs portefeuilles contre l’exposition à la Russie, compte tenu du grand nombre de sanctions qui ont récemment été imposées. La Bourse de Londres a également suspendu la négociation d’un certain nombre de certificats de dépôt russes, réduisant ainsi l’accès à un important segment du secteur de la gestion de placements. Dans le domaine des cotes de crédit, Moody’s et Fitch ont abaissé la cote de crédit étrangère de la Russie à Baa3 et à BBB, respectivement, en invoquant des répercussions importantes sur le crédit. Les investisseurs soucieux des facteurs ESG attendent également que le grand public adopte certaines exclusions de produits qui augmentent les risques systémiques, comme la guerre. La majorité de ces investisseurs, y compris BMO Gestion mondiale d’actifs, excluent depuis longtemps les armes à sous-munitions et les armes en général de leurs portefeuilles afin d’éviter de contribuer indirectement aux crises humanitaires. Il existe plusieurs exemples qui montrent que les conflits politiques et les facteurs ESG auraient des conséquences déterminantes sur les résultats des investisseurs s’ils ne sont pas gérés efficacement.

Répercussions sur la transition énergétique

L’approvisionnement en énergie et la hausse des prix ont suscité beaucoup d’attention jusqu’au début du conflit et depuis, explorer certaines des conséquences de haut niveau, tant négatives que positives en vaut la peine. Même si les exportations énergétiques russes sont exemptées des sanctions récemment imposées, les États et les entreprises qui en dépendent tentent toujours de conclure des transactions à court et à moyen terme à partir de sources non traditionnelles afin de garantir un approvisionnement ininterrompu jusqu’au printemps. Étant donné que ces contrats avec des sources non traditionnelles sont limités dans le temps, les prix élevés de l’énergie persisteront probablement après la résolution. La hausse des prix de l’énergie exacerbera également les pressions inflationnistes déjà en jeu à la suite de la pandémie de COVID-19, en raison des répercussions sur d’autres biens de consommation de base, y compris la hausse du coût des aliments. Ces augmentations auront une incidence disproportionnée sur les ménages à faible revenu, compte tenu de la disparité croissante de l’écart de richesse à l’échelle mondiale.

Parmi ces défis, il existe des signes d’espoir pour la transition énergétique mondiale. Il y a quelques mois, à la clôture de la COP26 à Glasgow, alors que les leaders mondiaux se sont accordés sur la nécessité d’effectuer une transition vers un monde carboneutre, l’échéancier provisoire pour l’élimination graduelle des combustibles fossiles manquait de consensus. La récente annonce par l’Allemagne de l’accélération de son engagement à atteindre la carboneutralité d’ici 2035 a représenté une évolution positive, démontrant ainsi sa volonté directe d’être moins dépendante de l’énergie russe. La France a également indiqué qu’elle était prête à répondre aux besoins actuels en augmentant ses exportations d’énergie nucléaire. Heureusement, rien n’indique que les centrales au charbon mises hors service seront remises en service, malgré la réduction récente des réserves de gaz naturel en Europe. La lumière au bout du tunnel pourrait être que ce conflit est un catalyseur pour accélérer l’utilisation de l’énergie propre et la transition nécessaire vers une économie à faibles émissions de carbone, en commençant par les pays européens.

Chaînes d’approvisionnement mondiales

L’invasion russe de l’Ukrainea des répercussions supplémentaires sur les chaînes d’approvisionnement complexes qui avaient déjà été mises à rude épreuve par la COVID-19. Les États-Unis et d’autres grandes économies ont imposé des sanctions commerciales à l’encontre de la Russie, créé un espace aérien et des interdictions de vol, mis en place des interdictions d’expédition et fermé les ports aux navires russes. De nombreuses entreprises ont également annoncé volontairement leur sortie de la Russie. Cela signifie que certaines matières premières seront plus difficiles à obtenir et que certains produits de base devront être réacheminés, ce qui, combiné à la hausse des prix de l’énergie et des coûts de transport, augmentera davantage l’inflation qui a déjà atteint un niveau record. La disponibilité de certains produits à l’échelle mondiale sera également réduite. Voici quelques faits saillants sur les répercussions potentielles pour les investisseurs finaux et les consommateurs :

  • Un risque d’inflation alimentaire, car l’Ukraine est l’un des plus importants exportateurs de maïs, d’orge et de seigle, et la Russie est le principal exportateur de blé. Cette situation aura une incidence particulière sur les familles à faibles revenus qui luttent déjà contre les prix des produits alimentaires à cause de la COVID-19.
  • Les voitures et les appareils personnels, comme les ordinateurs portables et les téléphones, seront encore en pénurie. La pénurie de puces qui a duré tout au long de la pandémie pourrait être prolongée, car l’Ukraine possède la moitié de l’approvisionnement mondial en gaz néon, qui est essentiel à la fabrication des puces à semi-conducteur. En outre, l’Ukraine et la Russie fournissent du palladium et du platine, utilisés tous les deux dans les convertisseurs catalytiques, ainsi que de l’aluminium, de l’acier et du chrome, qui sont essentiels à la fabrication d’automobiles.[2] Plusieurs constructeurs automobiles ont déjà fermé leurs usines en Russie et en Ukraine.

Cette crise souligne davantage la nécessité pour les entreprises de bien comprendre leurs chaînes d’approvisionnement en cartographiant les risques géographiques et en s’engageant dans une diligence raisonnable à l’égard de la chaîne d’approvisionnement au-delà des fournisseurs de niveaux 1 et 2. Il s’agit également de la première étape pour comprendre les préoccupations potentielles en matière de droits de la personne au sein de la chaîne d’approvisionnement et cela permet aux entreprises de planifier l’éloignement des chaînes d’approvisionnement des secteurs à risque élevé.

Droits de la personne

Les conflits violents et les guerres entraînent des coûts dévastateurs en termes de vies humaines et de sécurité, et les répercussions les plus graves sont souvent ressenties par ceux qui sont déjà les plus vulnérables. Les organismes d’aide ont prévenu que l’escalade du conflit en Ukraine entraînera une crise humanitaire et l’une des plus importantes crises de déplacement au cours des dernières années. L’Organisation des Nations Unies estime que 4 millions de réfugiés ukrainiens et 12 millions de personnes résidant à l’intérieur de l’Ukraine auront besoin d’aide. Ce conflit aura des conséquences négatives sur les droits de la personne pour les années à venir, sans parler des progrès freinés à l’échelle locale et mondiale en vue d’atteindre les objectifs de développement durable.

Les investisseurs responsables, dont BMO Gestion mondiale d’actifs, préconisent une mise en œuvre plus généralisée et plus rigoureuse des Principes directeurs relatifs aux entreprises et aux droits de l’homme des Nations Unies, qui exigent que les entreprises fassent preuve de diligence raisonnable en matière de droits de la personne afin de déterminer sur les droits de la personne négatifs sont présents dans le cadre de leurs activités, de leur chaîne d’approvisionnement ou de leurs produits et services. Malheureusement, le plus récent Corporate Human Rights Benchmark (CHRB) indique que 79 entreprises mondiales de différents secteurs n’ont obtenu aucun point encore par rapport à l’indicateur de diligence raisonnable en matière de droits de la personne de l’indice de référence.

Pour les entreprises multinationales qui continuent d’exercer leurs activités en Russie ou en Ukraine, que ce soit directement ou par l’intermédiaire de relations d’affaires, les violations des droits de la personne liées à ce conflit posent des risques importants qui nécessitent une diligence raisonnable accrue en matière de droits de la personne afin de traiter et de prévenir les atteintes aux droits de la personne et, ce faisant, d’atténuer les risques associés à ces violations. À l’instar de ce que les investisseurs responsables, dont BMO Gestion mondiale d’actifs, ont demandé aux entreprises ayant des activités au Myanmar pendant le violent conflit de 2021, ces entreprises doivent :

  • avoir une cartographie rigoureuse des activités commerciales et/ou des placements dans l’ensemble de la chaîne de valeur afin de repérer et d’évaluer les risques liés aux droits de la personne, y compris les relations d’affaires, les activités et les communications impliquant le gouvernement russe ou des entités affiliées;
  • évaluer et traiter toutes les répercussions réelles et potentielles sur les droits de la personne des activités et des relations d’affaires, et prendre des mesures pour les atténuer et les prévenir;
  • apporter un soutien au personnel en Ukraine et en Russie pour assurer leur sécurité physique et ne pas exercer de représailles contre les employés russes qui participent à des manifestations;
  • permettre la prise de mesures correctives à l’égard des répercussions négatives sur les droits de la personne, y compris les conséquences sur le personnel dans le pays et les parties prenantes locales;
  • publier régulièrement des rapports publics sur les efforts de diligence raisonnable et les procédures mises en place pour mettre fin aux répercussions négatives sur les droits de la personne, les prévenir et les atténuer.

Enfin, compte tenu du rôle démesuré que joue la propagande russe dans cette guerre et du nombre de personnes dans le monde qui se fient aux médias sociaux pour se tenir au courant du conflit, nous soulignons l’intensification des pressions ESG accrues et en matière de droits de la personne sur les entreprises des secteurs des médias, des technologies de l’information et des télécommunications. Bien que des entreprises comme Twitter, YouTube, Google et Meta, propriétaire de Facebook, aient pris des mesures pour lutter contre la propagation de la désinformation et bloquer certains comptes officiels russes, un rapport du Center for Countering Digital Hate (CCDH) paru en février 2022, a révélé que Facebook n’avait toujours pas étiqueté 91 % des publications qui contenaient de la propagande russe au sujet de l’Ukraine. Imran Ahmed, chef de la direction du CCDH souligne que : « La justification de la guerre russe contre l’Ukraine a été élaborée sur Facebook ».

En outre, les entreprises de technologie et de télécommunications devront être en mesure d’assurer la confidentialité et la protection des données des utilisateurs qui sont des défenseurs des droits de la personne ou des citoyens russes qui participent à des manifestations contre la guerre, tout en protégeant l’accès à Internet et aux télécommunications.

Conclusion

La réponse de la communauté mondiale à la guerre en Ukraine a été rapide et, bien qu’il soit possible de faire davantage, nous sommes encouragés par les mesures déjà prises par les entreprises, le secteur financier et les gouvernements. Nous ne pouvons pas prédire l’issue de cette crise, mais nous espérons qu’elle pourra établir un précédent sur la façon dont la communauté financière peut réagir en fonction des facteurs ESG aux investissements dans les régions touchées par des conflits et à risque élevé.

En même temps, nous ne pouvons pas perdre de vue l’action collective nécessaire pour prévenir une catastrophe climatique. Cela peut aller de pair avec le renforcement des attentes des entreprises et des gouvernements en matière de droits de la personne et la défense d’institutions résilientes et bien gérées. À BMO Gestion mondiale d’actifs, nous continuerons de mobiliser les entreprises et les décideurs à l’égard des risques systémiques, y compris la transition énergétique, les problèmes liés à la chaîne d’approvisionnement et la mise en œuvre de mesures de diligence raisonnable en matière de droits de la personne.

Équipe Investissement responsable

L’équipe Investissement responsable de BMO Gestion mondiale d’actifs gère et développe le leadership éclairé de la société en matière d’investissement responsable (IR), en publiant régulièrement des perspectives et des analyses approfondies sur divers sujets d’actualité ayant trait à des enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG). L’équipe collabore avec les Placements sur les développements axés sur le secteur, offre un soutien continu en matière d’intégration des facteurs ESG, utilise une approche progressive dans les activités de gérance et supervise les initiatives et les engagements en matière d’investissement responsable à l’échelle de BMO Gestion mondiale d’actifs.

Avis jurisdique

Tout énoncé qui repose nécessairement sur des événements futurs peut être une déclaration prospective. Les déclarations prospectives ne sont pas des garanties de rendement. Elles comportent des risques, des éléments d’incertitude et des hypothèses. Bien que ces déclarations soient fondées sur des hypothèses considérées comme raisonnables, rien ne garantit que les résultats réels ne seront pas sensiblement différents des résultats attendus. L’investisseur est prié de ne pas se fier indûment aux déclarations prospectives.

BMO Gestion mondiale d’actifs est une marque de commerce qui englobe BMO Gestion d’actifs inc. et BMO Investissements Inc.
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