Plan d’action : Trois scénarios et stratégies pour les élections américaines

Jon Adams

Directeur général, Solutions d’investissement multiactif

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À la veille des élections présidentielles américaines, de nombreux gestionnaires d’actifs institutionnels cherchent des réponses à des questions essentielles, dont les suivantes : Qui s’installera à la Maison-Blanche? Le Congrès restera-t-il divisé? À quoi ressemblera la future politique économique des États-Unis? À cette fin, Jon Adams, stratège en placement établi à Chicago, propose trois scénarios statistiquement viables, accompagnés des répartitions sectorielles correspondantes qui vous aideront à préparer vos portefeuilles à toutes les éventualités : une victoire en solitaire de Joe Biden, un raz de marée démocrate et le maintien du statu quo.

L’ingrédient essentiel de la politique est le timing.

Pierre Elliott Trudeau

Sondages et prédictions pour le 3 novembre

À l’approche des élections, l’incertitude politique ressentie sur les marchés américains risque d’atteindre son paroxysme. Le duel féroce entre le président Donald Trump et le candidat démocrate Joe Biden a semé le doute sur l’avenir de la politique économique, notamment à cause des plateformes très différentes des deux candidats et des modifications apportées au processus de vote lui-même. Pour la première fois de l’histoire, des dizaines de millions d’Américains voteront par courrier, ce qui retardera le décompte définitif de plusieurs jours, voire de plusieurs semaines.

Cela dit, les sondages et les modèles prévisionnels nous donnent un aperçu des résultats les plus plausibles. À l’échelle nationale, Joe Biden maintient systématiquement une avance de 7 %l sur le président Trump depuis les conventions des partis, mais son avance est passée à 10 % pendant la première quinzaine d’octobre. Rappelez-vous que ces chiffres proviennent de regroupements de sondages, plutôt que de sondages individuels, afin de compenser les biais et les erreurs statistiques qui peuvent exister dans tout sondage. Pour la suite des choses, l’élection semble dépendre de la capacité de Donald Trump à briser le plafond des 46 %, d’autant que la cote de Joe Biden s’est maintenue à 50 % tout l’été. 

Moyenne des sondages nationaux (%) – Trump contre Biden

Source : BMO Gestion mondiale d’actifs, Real Clear Politics, au 21 octobre 2020.

Malgré son avance sur le plan des suffrages exprimés, M. Biden aura besoin d’une marge d’au moins 3 % pour s’assurer la victoire au collège électoral. Il mène actuellement dans les États de la « Rust Belt », dont les votes ont été décisifs lors des élections de 2016, et occupe une position confortable dans d’autres États pivots, comme le Wisconsin et le Michigan. Il pourrait même s’emparer des bastions républicains de longue date que sont le Texas, la Géorgie et la Caroline du Nord. Toutefois, la route qui mène à la Maison-Blanche passera encore une fois par la Floride, qui reste dans la marge d’erreur.

Dans les champs de l’observation, le hasard ne favorise que les esprits préparés. 

Louis Pasteur

Les attentes du marché selon que Donald Trump ou Joe Biden l’emporte

Bien que les marchés portent un regard souvent réprobateur sur les présidents démocrates, il en va bien différemment de l’histoire. Les rendements boursiers annualisés des trente dernières années ont dépassé les 9 %, quel que soit le parti installé à la Maison-Blanche (à l’exception de la présidence de George W. Bush), ce qui laisse penser que c’est le programme politique spécifique de chaque candidat qui prime.

Nous avons vu les marchés se faire à cette idée ces derniers mois. Avant l’été 2020, l’indice S&P 500 était corrélé positivement avec les probabilités de réélection du président Trump. Toutefois, cette corrélation s’est affaiblie une fois la course à l’investiture démocrate officiellement terminée; il en ressortait soit que les investisseurs étaient à l’aise avec une présidence de Joe Biden, soit que la division du Congrès empêcherait celui-ci de mettre en œuvre des changements importants, comme l’abrogation des réductions d’impôts pour les entreprises adoptées en 2017. Dans les deux cas, il y a eu peu ou pas de prime de risque reflétée dans les cours à cette étape du cycle électoral. 

Afin de tirer parti de cette stratégie politique, Joe Biden essaie de rassembler les électeurs dans leur désapprobation du bilan du président Trump : sa gestion de la pandémie de COVID-19, l’état de l’économie, le taux élevé de chômage, la reprise en forme de K et la baisse du niveau de confiance des consommateurs. Il souhaite faire de l’élection un référendum sur l’administration Trump. De l’autre côté, le président Trump essaie de réorienter le discours sur les thèmes de l’ordre public et des tensions culturelles, qui jouent sur les profondes lignes de faille dans l’histoire et dans la géographie du pays. 

Pour compliquer les choses, il y a le Congrès, la branche législative qui tient le chéquier de la nation entre ses mains. En ce moment, le Sénat américain est contrôlé par le parti républicain et la Chambre des représentants, par le parti démocrate. Un président dont le parti ne contrôle pas les deux chambres a du pain sur la planche s’il veut faire adopter son programme. Dans cette optique, explorons le premier résultat possible de l’élection, celui où Joe Biden et ses collègues prennent possession de la Maison-Blanche et du Capitole.   

Probabilité d’une victoire de Trump par rapport au cours du S&P 500 (au 16 septembre 2020)

Sources : BMO Gestion mondiale d’actifs, Real Clear Politics, au 16 septembre 2020. Les opinions exprimées ici correspondent à notre jugement en date d’aujourd’hui et sont susceptibles de changer. L’information a été obtenue de sources jugées fiables, mais nous ne pouvons en garantir l’exactitude. Le rendement futur d’un placement ne peut être garanti. L’indice S&P 500 (S&P 500®) est un regroupement non géré d’actions ordinaires d’entreprises à grande capitalisation. Il n’est pas possible d’investir dans un indice.

1) Un raz de marée « bleu » : victoire écrasante des démocrates

Bien que certains stratèges craignent qu’une victoire écrasante des démocrates n’ait une incidence extrêmement négative sur les actions, mon équipe et moi ne partageons pas leur inquiétude. Certes, une annulation du projet de loi fiscal de 2017 restreindrait la rentabilité des entreprises et saperait le moral de l’ensemble du marché, mais Joe Biden a de façon générale toujours préféré la modération au radicalisme.

Sa proposition de faire passer le taux d’imposition des sociétés de 21 % à 28 % le maintiendrait bien en deçà des 35 % en place avant la baisse des impôts décidée par le président Trump il y a trois ans. De plus, remporter le Sénat ne garantit pas qu’un parti atteint le seuil des 60 votes nécessaires pour surmonter une obstruction systématique, si bien que les démocrates n’auraient pas carte blanche pour faire ce qu’ils veulent, même s’ils contrôlent le Congrès et la Maison-Blanche.  

Bien sûr, pour poursuivre sur sa lancée, Joe Biden passerait probablement à l’action pour mobiliser le soutien des mesures de relance après son investiture. Comme les présidents se sentent souvent tenus de montrer les preuves de leurs réalisations dans les 100 premiers jours de leur mandat, nous nous attendrions donc à ce que les mesures d’aide liées au coronavirus soient hautement prioritaires dans ce scénario, suivies d’une refonte du code fiscal. D’autres priorités stratégiques incluraient des accords de libre-échange, la baisse des prix des médicaments, la réglementation environnementale et, bien sûr, les investissements dans les infrastructures.

Avantages Inconvénients

Gestion des soins

Multinationales

Énergie verte

Infrastructures

Actions internationales

Actions des marchés développés

Actions des marchés émergents

Produits pharmaceutiques

Services financiers

Énergie traditionnelle

Actions américaines

Obligations à rendement élevé

Dollar US

2) Sans lait, ni sucre : une victoire sans édulcorant de Joe Biden

Compte tenu de la nature et du nombre des courses, on suppose que la Chambre des représentants restera majoritairement démocrate en novembre. Le Sénat, toutefois, reste à prendre.

Si les démocrates ne parviennent pas à reprendre la chambre haute, la présidence de Joe Biden serait alors confrontée à une opposition constante. Une réforme fiscale serait vouée à l’échec, tout comme les points plus ambitieux du programme venant de la gauche du parti. En fin de compte, les quelques politiques qui pourraient être mises en œuvre seraient celles touchant les enjeux sur lesquels les deux partis s’entendent, comme les infrastructures, l’énergie, les prix des médicaments et la réglementation des technologies. Un programme de relance lié à la COVID-19 serait probablement adopté, mais il se rapprocherait beaucoup plus de la proposition actuelle de 500 milliards de dollars des républicains au Sénat.

Côté positif, l’absence de discours incendiaires et d’escalade des différends commerciaux de la part du nouveau président devrait soutenir les actions internationales et des marchés émergents, tout en permettant aux membres frileux de voter en faveur d’autres mesures de relance budgétaire. Ce scénario nous semble modérément attrayant pour les actions américaines, mais les gestionnaires d’actifs devraient envisager de réduire leur exposition aux entreprises énergétiques traditionnelles (combustibles fossiles) et aux grandes sociétés technologiques.

Nous recommandons de diminuer le bêta du portefeuille en général, mais en particulier pour les secteurs axés sur la valeur et la croissance qui sont fortement corrélés avec les probabilités de réélection du président Trump. Étant donné que les multinationales sont déjà diversifiées par pays, nous pensons qu’elles offrent une gestion du risque utile dans ce contexte, à l’instar des banques et des sociétés financières qui ont une forte présence étrangère.

Avantages Inconvénients

Services financiers

Actions internationales

Actions des marchés développés

Petites capitalisations

Énergie traditionnelle

Technologie

Produits pharmaceutiques

Actions américaines

3) Un virage à 360 degrés : le statu quo

Si Donald Trump venait à surmonter son retard dans les sondages, le Sénat resterait vraisemblablement sous le contrôle du parti républicain. Dans de telles circonstances, nous pouvons nous attendre au maintien des politiques qui ont marqué les quatre dernières années, notamment : une politique commerciale vigoureuse vis-à-vis de la Chine et d’autres partenaires internationaux, des ententes bilatérales plutôt que multilatérales, des mesures restrictives visant l’immigration, la déréglementation, en particulier en ce qui concerne l’environnement, et les investissements en infrastructures, qui demeurent l’un des seuls enjeux sur lesquels les deux partis s’entendent.

À bien des égards, les portefeuilles institutionnels en Amérique du Nord profiteraient de ce scénario. Bien que les chances que Donald Trump gagne soient inférieures à 15 %, la préservation des politiques favorisant le marché pousserait sans aucun doute les valorisations à la hausse, ce qui donnerait aux entreprises une bouffée d’oxygène, et aux gestionnaires actifs axés sur la valeur fondamentale une meilleure chance de générer de l’alpha pour leurs investisseurs.

Avantages Inconvénients

Défense

Combustibles fossiles/énergie traditionelle

Services financiers

Petites capitalisations 

Titres à rendement élevé

Énergie verte

Multinationales

Sociétés liées à la Chine

Technologie

Obligations du Trésor

La principale affaire du peuple américain, ce sont les affaires. 

Le président Calvin Coolidge

Les éléments clés à retenir pour les investisseurs institutionnels

Notre scénario de référence est clair : Un balayage bleu. La probabilité que des politiques extrêmes soient mises en œuvre dans ce scénario est faible, même si les démocrates reprennent la présidence et le Sénat. En fin de compte, Joe Biden est un démocrate modéré. C’est pourquoi les perspectives du marché pour le prochain trimestre devraient être calmes, improductives… et moins volatiles..

L’impasse a cependant un prix. Le Congrès a échoué à maintes reprises dans ses tentatives de négocier les prochaines mesures de relance, et le président Trump a suspendu les négociations jusqu’après les élections, laissant ainsi l’économie en proie à une seconde vague de fermetures sans aucune mesure de soutien budgétaire. Cette incapacité de parvenir à un accord, en particulier dans un contexte de pandémie mondiale, fait ressortir les dangers immédiats d’un leadership politique polarisé.  

Néanmoins, nous demeurons optimistes quant au paysage postélectoral. Toutes nos prévisions sont relativement positives, et la possibilité d’une élection contestée est encore bien trop négligeable pour influencer notre prise de décisions aujourd’hui. À la rigueur, il s’agit d’un risque extrême peu probable, c’est-à-dire un évènement qui pourrait se produire, mais qui selon toute probabilité ne se produira pas. Ainsi, même si nombre de nos pairs semblent excessivement préoccupés par le risque politique au quatrième trimestre, nous pensons que la volatilité sera passagère. Les marchés se redresseront en peu de temps, car, comme l’a déjà dit un ancien président, « les affaires des États-Unis sont les affaires ».

Pour des stratégies de placement adaptées à chacun des scénarios électoraux aux États-Unis et d’autres renseignements précieux, communiquez avec votre représentant régional – Investisseurs institutionnels, BMO Gestion d’actifs.

Divulgations

I Moyennes des sondages RealClearPolitics, au 12 octobre 2020.

 

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