La politique monétaire atteint ses limites : le moment d’une relance budgétaire est-il venu?

Les vieux arguments contre les déficits budgétaires de grande ampleur sont en train de changer. On observe un important changement chez certains économistes universitaires et une partie des marchés financiers. Ce changement laisse entendre que les raisons traditionnelles pour lesquelles il fallait limiter les déficits budgétaires ne tiennent plus. Les dépenses budgétaires seraient-elles sur le point d’exploser?

Les taux d’intérêt très bas ont amené de nombreux spécialistes à conclure que l’on ne peut plus se fier à la seule politique monétaire pour soutenir l’économie mondiale. Les gouvernements devraient augmenter leurs dépenses et réduire les impôts sans se soucier du déficit, jusqu’à ce que l’inflation reprenne.

Si les gouvernements suivent ce conseil, la croissance devrait s’accélérer, et cela stimulera les marchés boursiers. Si l’inflation devait demeurer faible, tout irait bien. Sinon, il sera possible d’augmenter les taux d’intérêt.

Parmi les économistes, les partisans les plus extrêmes de la politique budgétaire sont les tenants de la « théorie monétaire moderne », dont plusieurs sont actuellement conseillers économiques auprès de politiciens démocrates aux États-Unis. D’après cette théorie, un pays qui émet sa propre monnaie ne pourra jamais manquer d’argent et il n’a donc pas à s’inquiéter de ce qu’il va advenir de la dette publique. Au lieu d’être utilisé pour acheter des titres de créance gouvernementaux, l’assouplissement quantitatif devrait servir à financer des dépenses gouvernementales. En cas de hausse de l’inflation, il serait possible d’augmenter les impôts pour limiter les dépenses et atténuer les pressions sur les prix. Étant donné que l’assouplissement quantitative massif des grandes banques centrales n’a pas réussi à générer une inflation notable depuis la crise financière mondiale, il y a un espoir implicite que l’inflation reste faible.

Témoin de l’évolution du climat intellectuel, des dirigeants de banques centrales, comme le président sortant de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, préconisent le recours à l’expansion budgétaire en Europe. L’ancien chef de la Fed, Ben Bernanke, l’a fait aux États-Unis. Même le Fonds monétaire international, gardien des finances mondiales, a préconisé l’expansion budgétaire, mais seulement pour un groupe restreint de pays comme l’Allemagne et la Corée du Sud.

Forum mondial des placements, Londres, 2019

Certains des principaux facteurs déterminants à moyen terme de nos économies et marchés seront abordés lors du Forum mondial des placements de BMO.

Ce changement de priorité dans le débat est très important. Cela a donné de l’énergie aux Américains de gauche qui estiment avoir raison de demander : si les États-Unis ont été en mesure de se lancer dans une guerre extrêmement coûteuse en Irak ou dans d’importantes réductions d’impôt sous le président Trump, sans se soucier de financement, pourquoi alors s’inquiéter du financement d’un nouveau pacte vert? Cela pourrait amener l’Allemagne à financer son propre nouveau pacte vert en empruntant plutôt qu’en réduisant ses dépenses ailleurs. Au Royaume-Uni, le Parti travailliste a résisté à l’adoption du MMT, car il veut paraître financièrement responsable. Cela pourrait bien changer s’il prenait le pouvoir.

Jusqu’à présent, les changements ont été modestes. JP Morgan estime que sept ans de resserrement budgétaire dans le monde ont engendré un coup de pouce modeste en 2019, et donneront un coup de pouce encore plus modeste en 2020. Si l’humeur autour de la politique budgétaire se maintient, les chiffres pourraient être beaucoup plus élevés à l’avenir.

Poussée budgétaire dans le monde

Incidence en pourcentage sur la croissance du PIB réel (moyenne, annualisée)

2011-13 2014-15 2016-17 2018

Monde

-0,5

-0,3

0,1

-0,2

Pays développés

-0,9

-0,4

0,0

0,2

États-Unis

-1,3

-0,7

0,1

0,6

Zone euro

-1,2

-0,2

0,0

-0,2

Japon

0,0

-0,6

0,1

-0,2

Pays émergents

0,4

0,0

0,4

-1,0

Pays émergents Asie

0,5

-0,1

0,6

-1,2

Chine

0,8

-0,3

0,9

-1,8

Amlat

0,4

0,4

0,0

-0,3

Pays émergents Europe, Moyen‑Orient, Afrique

-0,1

-0,5

-0,2

-0,5

Remarque : La poussée budgétaire correspond à la charge du déficit structurel exprimée en pourcentage du PIB potentiel, comme prévu dans le rapport du FMI sur les perspectives économiques mondiales d’avril 2019. Pour les plus grandes économies, les chiffres ont été corrigés en fonction du jugement des économistes de J.P. Morgan.
Source : JPMorgan et FMI. 10 septembre 2019.

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